Pour sa 22ème édition, la Route du Rock démarrait sous de bons augures puisque le thermomètre frôlait les 25°, cadeau des Dieux pour ce rendez-vous de l’exigence indie dans la Cité des Corsaires.

Premier jour : sun is not dead

Les perles de sueur qui nous parcourent l’échine, nous entamons ce périple musical par le concert des jeunes et très attendu Alt-J. Leur prestation est estivale, short de plage à l’appui. Ils n’emportent pas tout sur leur passage, peut-être signe d’une timidité, mais jouent l’album comme il se doit. On attend de les revoir cet hiver avec impatience pour apprécier leur maturation.

Ensuite le fantasque canadien Patrick Watson vient nous chatouiller les zygomatiques et soulève quelques cœurs. Sa pop simple et raffinée à la fois berce les têtes aux Wayfarer.

Toujours de bonne tenue, le public d’amateurs éclairés qu’est celui de la Route du Rock se restaure paisiblement, attendant la voix tant attendue de cette édition 2012 : Dominique A, venu présenter son album La Fossette, 17 ans après son premier passage dans le Fort St Père.

Mais c’est Spiritualized et ses chœurs lumineux qui emportent la soirée vers d’autres contrées. Jason Pierce sort de la pénombre pour s’épancher vers une pop plus symphonique, sans rien renier de ses penchants pour le psychédélisme joyeux. De quoi nous chauffer les esprits pour entamer la partie la plus énervée de la soirée en compagnie des Civil Civic.
Sans apercevoir une once de leur capillarité, faute à une scène de la Tour un peu basse et un public un peu dense, c’est sans vergogne que nous nous sommes débattus en liesse pour le post punk du duo trop rare dans l’hexagone.

Deuxième jour : première baignade

La plage du Bon Secours est non seulement propice aux activités aquatiques, mais aussi aux siestes musicales. Et les festivaliers aux bracelets orange envahissent le sable malouin pour profiter de quelques heures de repos bien méritées. Seul ombre à ce tableau idyllique, la météo plus qu’estivale nous fait trainer plus que de raison et retarde notre arrivée sur le site, ce qui nous empêchera de voir (et d’apprécier) les Veronica Falls.
La soirée commence donc avec la troupe de Baltimore : Lower Dens. Le son est dense, dès le départ, mais il faut quelques chansons avant que la musique sombre et enveloppante du groupe de Jada Hunter s’empare de nous. Chants et guitares à la My Bloody Valentine, à la différence qu’on supporte le concert sans protection auditive, Lower Dens place la soirée dans une ambiance kraut-rock, si décalée au regard de la luminosité perçue les heures d’avant qu’on peine à s’en remettre.

Vient le set de la tête d’affiche de cette édition, les jeunes et déjà très fameux The XX. Si le public attendait avec impatience ceux qui doivent présenter leur nouvel album à la rentrée prochaine, notre sentiment était plus que mitigé à l’encontre du trio suite à une prestation décevante au festival Primavera de Porto. Sans grande surprise, le set est lisse, propret et sans grand intérêt. On connaît leur univers, minimal et contemplatif, mais de là à le servir sans une once de saveur ou de fantaisie, démontrant que chaque morceau est interchangeable, on peine à croire qu’ils pourront nous offrir de nouveaux moments de grâce lors de leur prochain opus.

Pour remonter la pente, les explosifs Breton entament, après la prestation d’un Mark Lanegan un peu essoufflé, la dernière partie de soirée. Découvert au cœur de l’hiver à la Machine du Moulin Rouge, nous misions évidemment sur ce collectif agité pour nous entrainer jusqu’au bout de la nuit. Mission accomplie. Une prestation généreuse, d’électronique tapageuse et syncopée, mêlant math rock et hip-hop et qui a fait remuer l’enceinte. Bref l’OVNI tant attendu, rappelant aux mêmes heures mais dans des conditions plus humides la prestation de Battles l’année passée.

Dernier jour : on puise dans les dernières ressources

Le sport c’est la santé. C’est pourquoi s’affaler au beau milieu d’une plage pour observer des festivaliers pâles, en tenues de foot, s’affronter tant bien que mal, est hautement recommandé avant de rempiler pour une dernière soirée !
Arriver sur le site pendant le set des Cloud Nothings pour cette 22ème édition, c’est se demander pourquoi ce groupe de rock un peu tapageur n’a pas été programmé un peu plus tard. Il aurait probablement eu raison des quelques mauvaises langues, disant que tout était trop calme en cette année 2012.

Bref, c’est la classe, la nonchalance, et les solos de guitare dans le dos de Stephen Malkmus et de ses Jicks qui nous retournent. Armé de son sourire chafouin, il plaisante et balance qu’il s’appelle Alan Stivell et qu’il habite à 50km d’ici. On aime Stephen depuis toujours, alors si en plus il a de l’humour. Beaucoup moins indie que chez Pavement, il endosse le rôle d’un guitar-héro plus fréquemment mais s’y adonne avec spontanéité et fraicheur, tout en conservant ces lignes de chant pas systématiquement maitrisées, criardes et jubilatoires.

L’espèce de pop-dance miaulée par les Chromatics n’aura eu qu’une bonne raison de faire partie de cette programmation : nous permettre de nous restaurer sans se presser.

C’est alors le tour de l’icône de ces messieurs : Hope Sandoval entre en scène avec Mazzy Star dans la pénombre qui ne les quittera pas de tout le concert. Pour rester dans l’ambiance de leur musique éthérée et planante entend-on. Mais les décalages rythmiques de la demoiselle, et les quelques écarts mélodiques sur un des titres phares du groupe Fade Into You ont raison de notre patience.
Il faut donc attendre The Walkmen et leur rock abrasif pour refaire le plein de sensations. D’apparences classiques, leurs chansons surprennent dans les structures, les constructions, les sons de guitares. On frôle parfois l’ambiance de stade, mais ce frisson est mérité. Brûlant, classieux, Hamilton Leithauser emmène nos corps loin de la douleur ressentie après trois jours d’intenses pérégrinations et déambulations. Et on les remercie vivement.

Avec ou sans soleil, on se délecte déjà des pépites que la Route du Rock saura nous apporter pour la 23ème édition. Si certains s’alarment (comme chaque année d’ailleurs) de l’état de santé du festival, clamons haut et fort que le rock n’est pas mort (et ses ongles poussent encore) !

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1 réponse sur « Route du Rock 2012 : chaleur et décibels »

Peu de monde à ce festival, dommage, c’était cool.

rectification : dominique a joué les lueurs le premier jour. il fallait se rendre le lendemain à l’Espace Grand Palais pour entendre la fossette.

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