Il y a dans La Maison Tellier un petit côté terroir très attachant, peut être parce que mon premier concert du groupe était à Payzac lors du formidable et regretté festival de la pleine lune en Ardèche qui voyait les artistes jouer dans des lieux improbables de ce pittoresque département. Ce qui frappait d’emblée, c’était ce côté gang musical, fraternité instrumentale, fratrie poétique. Et puis le set commençait et l’on était subjugué par la voix de conteur d’Helmut, solennelle, profonde, majestueuse.

La Maison Tellier - Beauté pour tous

La Maison Tellier – Beauté pour tous

La Maison Tellier

Il y a des albums qui vous prennent par surprise, d’autres qu’il faut laisser en bouche pour apprécier. Ni l’un, ni l’autre, Beauté pour tous, le nouvel album de La Maison Tellier est comme une évidence, un diamant noir. Et pourtant, le cap du quatrième album n’est pas facile, surtout quand on vous a catalogué Amerikana du Grand Ouest franchouille après le déjà formidable Art de la fugue.

Avec Beauté pour tous, c’est bien d’art qu’il s’agit, un art qu’il faudrait partager avec le plus grand nombre, un slogan, un programme ambitieux avec des textes qui ne sont pas anodins, qui racontent des choses, des mots choisis pour leur sonorité et leur sens, des textes qui font réfléchir sans prise de tête mais en s’insinuant comme un vaccin chez un malade.

On danse Sur un volcan mais la gravité n’est jamais très loin dans ce « blues du désert ». Avec Un bon français, ils osent une chanson engagée et âpre qui pourrait facilement être prise de travers où la narrateur est un salaud ordinaire, un Dupont Lajoie du 21ème siècle planqué derrière son écran protecteur qui fait écho au livre d’André Halimi « La délation sous l’occupation ». Les trompettes ne sont alors pas celles de la renommée mais plutôt de l’ignominie.

Puis surgit Le Loup Blanc, magistral sans être pédantesque à la Woodkid, parfaite BO pour la nouvelle saison de Game of Throne, avec ses chœurs amples, sa guitare cristalline, ses percussions va-t-en-guerre. L’oxymorique Prison d’Eden revient aux racines du groupe, une folk au coin du feu, éclairée par le glockenspiel, les cuivres, les chœurs sacrificiels qui évoquent l’extravagance littéraire d’Octave Mirbeau et de son Jardin des supplices, véritable xanadu musical où une sublime reine « règne sur la prison d’Eden, vêtue d’or et de blanc« .

La Maison Tellier – Sur un Volcan

L’Exposition Universelle, est une formidable machine à remonter le temps, une chanson cinématographique, une ballade dans un paris sublimé, rêvé, où l’on croise Eiffel mais aussi les « zoos humains » … Les cordes se font douces et mélancoliques, on ferme les yeux et l’on voit le pavillon de Sibérie, le pont Alexandre III, la grande roue, le métropolitain, les gares nouvelles, le trottoir roulant appelé « Rue de l’avenir », le palais de l’électricité, l’irruption soudaine de la modernité à la belle époque, le progrès sans entrave de ce siècle commençant.

La Maison de Nos Pères, est un hymne vaudou incantatoire où souffle un soufisme purificateur, une chanson gigogne, trip transi qui vous prend aux tripes avec cette coupure instrumentale hagarde, fiévreuse où le banjo se fait dévorer par la fée électricité, provocant mirage, hallucination et divagation de l’auditeur. Love boat n’est pas une croisière amusante, mais une histoire d’homme, de loup de mer, d’attirance, de séduction, de monstre marin, de volute de fumée et de boisson, une valse lente d’hésitation. A rebours, sonne très Mumford & Sons, éternel affrontement de cowboys et d’indiens.

La Maison Tellier © Jeremy Calvo

La Maison Tellier © Jeremy Calvo

Les Beaux quartiers évoque les rêves de grandeur déjà abordés par « Monsieur 100 000 volts » , « l’homme est un animal de bien mauvaise compagnie et son amour n’a pas de prix ». Petit lapin est plus âpre, une cavalcade de l’échec, électrique, rugueuse et agressive, le titre le plus long du disque, alarmant, régressif, introspectif, on est tous un jour « pris dans les phares », la trompette bouchée grince, les guitares glissent des ‘désirs noirs’.

Mauvais Coton clôt le disque avec sobriété, c’est un conte qui part en quenouille avec des images fulgurantes, « même s’il faut arroser d’essence certains souvenirs qui assaillent, des trains de sourires qui déraillent », « on s’est souvent piqué, je sais sur un fuseau dans un palais, parfois endormis pour de bon mais sans jamais filer le mauvais coton », « la mélodie de nos erreurs ivre de caresses et de coups n’était pas un air de fanfare mais quand je marchais dans le noir c’est ta main accrochée au fil qui m’a sauvé de mon exil » le tout guidé par une trompette fil d’Ariane chatoyante avec une conclusion de guitare héros et des chœurs finaux taillés pour un rappel cathartique avec le public.

La Maison Tellier sera en concert au Divan du Monde le 9 décembre mais c’est déjà complet, une date supplémentaire aura lieu au Le Trabendo le 13 mars, d’autres vont s’ajouter très prochainement.

La Maison Tellier - Beauté Pour Tous

La Maison Tellier - Beauté Pour Tous
5.0Note finale
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