Giant Zak

Zak Laughed
Guimauve - 17/09/2009

« J’avais 12 ans la première fois que j’ai marché sur l’eau. L’homme aux habits noirs m’avait appris à le faire, et je ne prétendrai pas avoir pigé ce truc du jour au lendemain. » sont les deux premières phrases de Mr Vertigo de Paul Auster… Un prénom d’une syllabe, Walt/Zak, un roman d’apprentissage où la lévitation est la métaphore de la curiosité culturelle qui fait tant défaut aujourd’hui…

Zak Laughed – The last memories of my old house

« On s’enivre du monde, bonhomme. On s’envivre des mystères du monde » affirme maitre Yehudi à son élève. Pour Zak Laughed, l’homme en noir pourrait être évidemment Johnny Cash mais aussi Mathias Malzieu, Mark Oliver Everett, Leonard Cohen, Nick Drake et bien d’autres encore… et même s’il ne boit encore que des bocks de limonade,  Zak a soif de Rock.

Zak Laughed (- Zach a ri en grand breton, mais tout le monde l’avait saisi), déboule dans le paysage musical avec un premier album The last memories of my old house sur le dynamique label 3ème Bureau qui vient de signer La Maison Tellier. Les internautes curieux ont suivi son petit bonhomme de chemin : d’un EP enregistré dans sa chambre avec une étonnante pochette en liège à sa première grande scène place de Jaude pour la fête de la musique en 2007 adoubé par des Cocoon encore dans leur cocon, en passant par cette désarmante reprise du The end has no end des Strokes qui lui fait remporter le concours du prestigieux label Rough Trade qui n’a jamais signé en 30 ans de frenchy, aux sélections du Printemps de Bourges avec ses copains les Glums à sa participation au vinyle l’Auvergne revisite le Velvet à l’occasion des 40 ans du mythique album à la banane ou encore sa présence en tant que fourmi à la Cigale au festival des Inrocks 2008 juste avant Foals, Friendly Fire, Soko et Seasick Steve ou enfin le festival Europavox avec Seb Martel et Camille, qui lui n’a jamais connu d’annulation de dernière minute…

2_zak Laughed (c) Renaud MontfournyPhoto : Renaud Montfourny

Ce préambule pour évacuer la question stérile de la jeunesse, le jeune homme a déjà une solide expérience et une énorme marge de progression. Sauf qu’en France on aime peu la jeunesse ou juste pour l’idôlatrer dans des télé crochet rances pour adulescents, on ne goute guère le talent, on voit toujours du business et de la fabrication là où il n’y a que passion et simplicité. Les anglo-saxons n’ont pas ce problème, a t-on soupçonné Ben Lee à ses débuts avec Noise Addict, Adam green avec sa nounou d’enfer Kimya Dawson ou encore Ben Kweller avec Radish, ou plus proche de nous les excellents toulousains de The Dodoz, voir même les très surestimés Tiny Masters of Today d’être préfabriqués ? On est ici très loin de la baudruche parisienne Naast, Second Sex , Shades voir BB Brunes dégonflée aussi vite que l’homme aux lunettes noires leur avait enflé la tête.

Alors oui Zak est jeune, mais avant tout passionné et avide d’apprendre et d’avancer. Il bénéficie sans doute de conditions favorables, un oncle qui lui offre à Noël un ukulélé et non guitar Hero pour singer Metallica,  un papa photographe chineur fanatique aux 5000 vinyles qui lui a fait rencontrer précocement les conseils précieux de Mathias Malzieu de Dionysos qui l’incite à inaugurer « la manufacture amoureuse des vraies chansons ». Il a aussi la chance de naitre « au dessous du volcan » musical, dans cette Auvergne aux 800 groupes, nouvel Eldorado de la musique dans la récente capitale du « rock » hexagonal, Clermont Ferrand sortie vainqueur cet été de la battle contre Bordeaux au dernier festival Fnac Indétendances. En effet, la région s’est muée en véritable pépinière de groupes, soutenue par la Coopérative de Mai et l’on trouve ici désormais plus de bons musiciens que de fromages ou d’eaux minérales.

De ce formidable vivier émergent des artistes sur la scène nationale comme les locomotives Cocoon, Kaolin ou Kidam, mais aussi les flamboyants membres du label Kütu Folk (The Delano Orchestra, St Augustine, Pastry Case, Leopold Skin), les très efficaces Elderberries, ou encore les très pop Glums ou Wendy Darlings et les très déjantés Bolik ou la Position du Tireur Couché.

Tout le monde se connait, tout le monde se supporte et Zak Laughed baigne dans ce microcosme depuis longtemps, il va aux concerts, soutient les copains. C’est donc tout naturellement qu’il enregistre un premier album, « The last memories of my old House » produit par Big « D » alias Denis Clavaizolle (Murat, Bashung, Cocoon) véritable Vulcain des Avernes qui forge en artisan consciencieux dans son antre de Sophiane Production non pas des traits de foudre mais patiemment de jeunes talents comme Zak Laughed.

hobos_boissauPhoto : Rémi Boissau

A l’écoute de ce premier opus, on est troublé par cette voix d’une candeur infinie mêlée à un style musical d’une troublante maturité. Le Kid d’Obeer city comme il se plait à se nommer étonne avec ses chansons polaroids de «chaque jour» de sa jeune vie d’ado. On est loin des Beaux Gosses désœuvrés de Riad Sattouf ou de la jeunesse bobo dorée de LOL. Pendant que certains passent leur temps à multiplier les statuts stériles sur Facebook ou Twitter, Zak nous balance ses comptines où l’on croise une Emily, un chat fugueur, Joe Blix, des trains volants, des clochards célestes, des coccinelles ou des infirmières thaumaturges. Toutes ces petites historiettes séduisent par leur simplicité, renforcée par des orchestrations subtiles et aériennes.

A Letter for Emily touche par sa folk amoureuse saupoudrée de trombone en sourdine et de tuba rigolards de bastringue, Each day charme par sa mélodie pop accrocheuse et son choeur surf vintage et féminin, Queen or sweet est une ballade déchirante et désenchantée, spleen adolescent, nappée d’un écrin de cordes discrètes, Ballad of celestial railroad nous fait croiser un clone d’Hucklebbery Finn avec un banjo voyageur, Traveling cat est un titre  frais et ingénu que ne renierait pas Mark Oliver Everett, avec ce grain dans la voix et un clavier bien tempéré, Apologies song est une chouette rengaine velvetienne, brute de décoffrage, au son volontairement crade, 2’13 de folk punk avec le ukulélé des débuts en version abrasive, Wrong Clown, sommet de l’album aux arpèges majestueux avec cette voix fluette dénonçant les « stupid lies » de celui qui se sent intelligent mais qui n’est qu’un imbécile omniprésident, (le Fool On The Hill des années 2000 ?), Bad Cough lente valse au piano qui nous fait croiser quelques figures amies, Howard et Billy des Coming Soon ou encore Silly Bird, bucolique et douce, comme si on ouvrait la fenêtre de sa chambre sur la campagne après la sieste, avec les sons, les odeurs, le rayon de soleil salvateur qui vous happent dans une mélancolie joyeuse.

Mathias Malzieu dit de cet album qu’il est « tendre comme la neige d’édredon, on a envie de se blottir dans les mélodies fortes et ludiques à la fois ». La filiation semble évidente entre eux car la principale « mécanique » leurs chansons est leur cœur, et Zak Laughed avec sa pop-folk-punk fragile et maligne est la meilleure réponse d’un petit auvergnat aux clichés récents d’un autre âge.


Zak Laughed – Each Day

Zak Laughed sera en concert avec son groupe, The Hobos Company à la Maroquinerie le 30 septembre.

Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...
Réponses

Un avis, un commentaire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


A lire dans “Chroniques d'albums

Stephan Eicher - Homeless songs

Stephan Eicher – Homeless songs

Il y a des disques qui vous prennent par surprise, qui vous étreignent. D’artiste dont on n’attendait plus grand-chose. Ils touchent peut-être parce qu’il y a une connexion physique et mentale qui s’opère.

My Favorite Horses - Funkhauser

My Favorite Horses – Funkhauser

Revenus du bayou et des rives du Mississippi, My Favorite Horses pose ses valises en France et donne sa définition de la pop française.

Mikael Kiwanuka - Kiwanuka

Michael Kiwanuka – Kiwanuka

Découvert en 2012 avec Home Again (un disque brillant produit par le leader des The Bees), Michael Kiwanuka avait forcé la porte des charts avec Love & hate. Le revoici avec Kiwanuka, un disque qui tient du chef-d’oeuvre.

Josh Homme - Desert Session 11

Josh Homme – Desert Sessions Vol 11 & 12

En attendant un nouveau disque des Queens Of The Stone Age, Josh Homme a décidé de rempiler pour deux Desert Sessions qui, en plus d’être d’excellente facture, ont le chic de nous envoyer un shoot de nostalgie.

Bill Pritchard - Three Months

Bill Pritchard – Three Months, Three Weeks and Two Days

Il faut écouter une heure pour écouter l’impeccable réédition de Three Months, Three Weeks and Two Days de Bill Pritchard. Et il faut, comme pour Pacific Street ou Pop Satori, une vie pour s’en remettre.

Vincent Delerm - Panorama

Vincent Delerm – Panorama

Sur Panorama, l’auteur de Kensington Square ou des Amants Parallèles fait encore mieux que d’habitude et nous emporte avec son art de la photographie du quotidien.

Marie-Flore - Braquage

Marie-Flore – Braquage

Marie-Flore raconte. Et son Braquage est une histoire. Celle d’un court-circuit. D’une sortie de route. Sans trace de freinage. Ou alors si peu. Braquage, c’est l’histoire d’un tir dans le noir. D’un amour. C’était un jour, un peu d’espoir. Une histoire brutale. L’amour qui frappe et qui fait mal. Celui en qui, cette fois, on…

Mark Lanegan Band - Somebody's Knocking

Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

Toc toc toc, revoilà l’ex Screaming-Trees Mark Lanegan. Composé en onze jours à Los Angeles (ville adoptive de l’artiste depuis 22 ans), Somebody’s Knocking a le mérite de remettre les pendules à l’heure et séduira les fans historiques tout comme les fantatiques de Depeche Mode.

Big Thief - Two Hands

Big Thief – Two Hands

Le robinet est ouvert… Il faut donc savoir en profiter. En quatre ans, les Big Thief ont publié quatre albums qui ont le chic d’être différents les uns des autres et de fascinants. Cinq albums si on compte le disque solo d’Adrianne Lenker, chanteuse et plume du groupe.

Chevalrex - Amiral Pop

Chevalrex – Amiral Pop

Avant de clôturer l’année 2019 de fort belle manière le temps d’un concert au 104, Chevalrex revient avec un EP, Amiral Pop et continue de flotter au dessus des flots.

Jonathan FireEater’s -Tremble Under Boom Lights

Jonathan Fire*Eater ‎– Tremble Under Boom Lights

Third Man Records fait oeuvre d’utilité publique en rééditant Tremble Under Boom Lights des feux Jonathan Fire*Eater. Sans ces derniers, Paul Banks (Interpol) serait resté seul avec ses boutons d’acné et les Yeah Yeah Yeahs ne seraient pas sortis de leur local de répétition. Vénérés (et pillés) par les Strokes, les Jonathan Fire*Eater furent le…

Mark Koelek and Petra Haden - Joey Always Smiled

Mark Kozelek with Petra Haden – Joey Always Smiled

Cinq mois après la sortie du mitigé I Also Want To Die In New Orleans de Sun Kil Moon et cinq mois avant la sortie du très attendue Mark Kozelek with Ben Boye and Jim White 2, Mark Kozelek, on se voit dans l’obligation de coller cinq sur cinq à la nouvelle collaboration de l’ex…

Champs

Champs – The Hard Interchange

Comme la fratrie White des Electric Soft Parade, la fratrie Champion ne nous a jamais déçus. Depuis 2013, Michael et David Champion, écrivent des petits merveilles pop qui font de Champs une machine à tubes.

Ilgen-Nur - Power Nap

Ilgen-Nur – Power Nap

Originaire d’Hambourg, Ilgen-Nur a 21 ans et vient d’écrire 10 belles chansons qui devraient faire plaisir à tous nostalgiques des 90’s et les fervents défenseurs d’une idée du rock.

Liam Gallagher - Why Me Why Not

Liam Gallagher – Why Me ? Why Not

Après le succès (inattendu) de son premier disque solo (As You Were – 2017), Liam Gallagher remet le couvert, gonflé à bloc, avec Why Me ? Why Not.

Metronomy – Metronomy Forever

Joseph Mount a quitté Montmartre avec femme et enfants pour retourner s’installer en Angleterre, son pays natal, mais n’a pas changé de quête : écrire la chanson pop ultime.

L'épée -Diabolique

L’Épée – Diabolique

The Limiñanas font des disques formidables. Emmanuelle Seigner fait des disques formidables. Anton Newcombe fait des disques formidables. Diabolique de L’Épée est donc un disque formidable.

Blueboy – If Wishes Were Horses

Publié en 1992, If Wishes Were Horses des Blueboy était devenu un disque qui coûtait une blinde sur le marché de l’occasion. Il ressort aujourd’hui à un prix tout à fait abordable grâce au label australien A Colourful Storm.

The Slow Show - Lust and Learn

The Slow Show – Lust and Learn

Avec ce troisième album, les Mancuniens The Slow Show réalisent un joli coup voire un coup de maître. Lust and Learn est peut-être le meilleur disque de cette rentrée. Et ce n’était pas gagné…

Life - A Picture Of Good Health

LIFE – A Picture Of Good Health

Passés inaperçus avec un premier album (Popular Music – 2017), LIFE remet le couvert cette année et devrait se faire une place au soleil avec leur nouveau bébé. A Picture Of Good Health gueule, braille et est tout sauf sage. Et on ne peut s’empêcher de l’aimer.