Pharaon de Winter vient de réussir l’improbable alliance du rigorisme de Donald Fagen et de la fausse légèreté des chansons d’Alain Souchon.
Son disque vogue à travers les flots et une route balisée par des influences clairement assumées.

Et force est de constater que ce disque est aussi beau que la légende noire de Steely Dan !
Ce disque n’a de cesse de révéler ses parfums au fur et à mesure des écoutes. On est saisi dès le départ par la force mélodique de l’affaire (Tocsin, Pointillisme), évidemment. Mais plus les écoutes passent, plus les infimes détails se révèlent et offrent de nouveaux plaisirs.

Le premier disque de Pharaon de Winter est donc à mettre sur le podium de l’année 2015 avec les albums de Pain-Noir et des Apartments.

Pourquoi as-tu pris le nom de Pharaon de Winter ?

Pharaon de Winter : Parce que j’ai beaucoup aimé le nom. C’est un nom qui m’interroge beaucoup.
C’était un peintre de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième siècle qui a vécu dans le Nord de la France et qui était pas terrible, assez académique dont Bruno Dumont parle dans l’Humanité.
Pharaon de Winter est aussi une chanson de l’album. C’est une chanson clef pour moi. J’ai mis deux ans et demi à la composer. Une fois terminée, je me suis dit qu’elle signifiait tellement pour moi que je devais m’appeler comme ça.

Mais tu mets du temps à composer une chanson ?

Pharaon de Winter : Ça dépend.

J’ai regardé sur le soundcloud de Pharaon de Winter et il y a des chansons qui datent de 2003…

Pharaon de Winter : Effectivement. J’ai commencé à faire des chansons il y a une douzaine d’années.
Mais pour la durée de réalisation d’une chanson, c’est très variable.
Par exemple, pour Tocsin, qui est la première chanson de l’album, j’ai mis 10 minutes à l’écrire. Pour Pharaon de Winter, deux ans et demi.

Ton album est distribué par Because Music mais tu es signé sur le label Vietnam (H-Burns, 51 Black Super). Comment t’es tu retrouvé sur ce label ?

Pharaon de Winter : Avec Frank, on se connaît depuis que j’ai sorti l’album de (Please) Don’t Blame Mexico. On se connaissait aussi en parallèle car je travaillais chez Voxpop.
Frank aimait beaucoup l’album de (Please) Don’t Blame Mexico et avait voulu le publier mais je travaillais déjà avec un label un plus artisanal, Sauvage Records.
On s’était dit qu’on se retrouverait pour le prochain album… Et c’est ce que nous avons fait. Nous avons tenu parole.

Pharaon de Winter – Pointillisme

Quels sont les changements par rapport à Toy Fight et (Please) Don’t Blame Mexico ? C’est plus un projet solo ?

Pharaon de Winter : Pharaon de Winter est vraiment la continuation de (Please) Don’t Blame Mexico. Il s’agit des mêmes personnes, des mêmes méthodes de travail… Sauf que les chansons recouvrent un autre style, d’où le changement de nom.

Les influences ont changé. On parle de Steely Dan, de William Sheller dans ce disque. Mais j’ai l’impression que tu t’assumes plus dans ce disque et que tu fais fi de tout ? Rien que le fait de se revendiquer de Steely Dan est un exploit…

Pharaon de Winter : Hum, déjà je m’assume plus en chantant en français. Avec l’anglais, tu as l’impression de dire des trucs mais il y a le filtre de la langue qui permet de ne pas trop s’exposer.
J’ai l’impression d’avoir fait un album qui s’écarte de ce qu’il est convenu d’aimer et qui s’éloigne du bon goût.
J’ai fait un album qui brasse beaucoup de choses, qui essaye de marier des choses que j’aime comme William Sheller et Alain Souchon et d’essayer d’en faire quelque chose de cohérent.

Et la pochette ?

Pharaon de Winter : C’est un peintre taïwanais qui s’appelle Fan Yang-Tsung qui commence à être reconnu et que j’ai contacté par Facebook car j’aimais beaucoup ses tableaux. Je voulais savoir si je pouvais utiliser son tableau. Cela s’est fait très simplement alors que cela aurait pu être compliqué…

Et le duo de Mina Tindle ?

Pharaon de Winter : Cela fait juste quinze ans qu’on se connaît. C’est une de mes meilleures amies !
Je voulais une voix féminine sur l’album et comme elle a une des meilleures voix du moment.

Pharaon de Winter

Il y a un côté très maritime sur ce disque. On t’imagine très facilement chanter les chansons du disque près de la mer…

Pharaon de Winter : C’est très intéressant.
Je suis originaire de l’Yonne donc des terres, alors la mer…
Il se trouve que j’ai eu la chance d’avoir une amie qui nous a laissé utiliser sa maison à Cassis pendant trois hivers pour qu’on puisse travailler avec le groupe.
C’est dans cet environnement-là que sont nées les chansons.
La maison est magnifique.
J’avais envie de faire un album de Côte d’Azur l’hiver. Je voulais quelque chose de doux et froid à la fois, quelque chose qui allie les contraires, qui mélange le chaud et le froid.

On a l’impression de voguer sur les flots en écoutant ton disque

Pharaon de Winter : Je me suis découvert un amour de la mer récemment. Je sais que la proximité de la mer me fais du bien. C’est quelque chose d’apaisant et d’inspirant. Ces grands espaces toujours semblables et différents en même temps.

Pointillisme était le premier extrait de Pharaon de Winter. J’ai vu qu’un nouveau clip avait été tourné. Il s’agit de quelle chanson ?

Pharaon de Winter : Ultramarine justement !

Que raconte le clip ?

Pharaon de Winter : Le clip essaye de coller aux paroles de la chanson. Il traite de la recherche mystique à propos d’une couleur qui transcenderait son aspect simplement pictural pour donner des réponses à des questions autres que picturales.
Cela parle des couleurs qui répondent à des questions, à des questions importantes pour un peintre par exemple.

Il a été enregistré en combien de temps ?

Pharaon de Winter : En douze jours. Mais il a été composé en trois ans.

Qui l’a produit ?

Pharaon de Winter : C’est un canadien : Sandro Perri. Il est venu enregistrer l’album avec nous et l’a mixé chez lui à Toronto. Cela s’est passé lors de l’été 2014.
Une belle préparation de fait avec lui… On a répété avec lui une semaine et nous avons enregistré par la suite.

TOP 10

Le meilleur disque de 2015 ?

Pharaon de Winter : L’album de Nicolas Godin. Et Poison de Destroyer !

L’album que tu attends le plus ?

Pharaon de Winter : J’attends énormément deux albums français : le prochain Arnaud Fleurent-Didier et le prochain Klub des Loosers.

La meilleure salle de concerts pour faire un concert ?

Pharaon de Winter : J’ai fait La Cigale il y a quelques semaines et les conditions étaient super. La Cigale donc…

La meilleure salle de concerts pour voir un concert ?

Pharaon de Winter : J’aimais bien l’ambiance de certaines caves à Paris, j’aimais bien la cave du Bar 3. IL y avait quelque chose d’un peu âpre et d’un peu brut qui me plaisait bien. J’ai pris quelques claques là-bas.

Ton album préféré de Steely Dan ?

Pharaon de Winter : C’est dur, très dur cette question.
Je crois que mon album préféré de Steely Dan est The Royal Scam. J’aime bien les périodes de mutation des groupes, j’aime les périodes entre deux eaux. Chez Steely Dan, The Royal Scam c’est un peu entre le côté pop ouvragée, le format pop de Pretzel Logic et en même temps on sent qu’on s’oriente vers le côté jazz rock de Aja qu’on a beaucoup moqué. Il y a une qualité d’écriture, une qualité de jeu dessus… Et puis il y a ma chanson préférée de Steely Dan dessus qui est Kid Charlemagne donc The Royal Scam.

Steely Dan – Kid Charlemagne

Les Filles de l’Aurore ou Le Carnet à Spirales ?

Pharaon de Winter : Le Carnet à Spirales.

L’album que tout le monde a écouté sauf toi ?

Pharaon de Winter : Highway to Hell d’AC/DC.

Ta B.O préférée ?

Pharaon de Winter : Hana-Bi de Kitano.

Si tu pouvais tourner un rockumentaire sur un artiste ?

Pharaon de Winter : J’aimerais beaucoup faire un biopic sur Hans-Joachim Roedelius qui est le co-fondateur de Cluster avec Moebius qui est mort récemment.

Hans-Joachim Roedelius a une vie extraordinaire. Avant du faire du krautrock et de l’ambiant, il a été lors de sa jeunesse fait prisonnier par la Stasi. Il était engagé politiquement dans l’Allemagne de l’Est.
Il a été berger puis il a fait de la musique. Et à un moment il s’est retrouvé chiropracteur de Jacques-Chaban-Delmas.
Il a une vie complétement folle où il se promenait en Birkenstock dans des palais comme celui de Matignon.
Personne ne savait qu’il avait fait de l’ambiant…

Le peintre qui aurait dû enregistrer un disque ?

Pharaon de Winter : Tout le monde sauf Soulages.

L’album Pharaon de Winter de Pharaon de Winter sera publié le 06 novembre 2015 via Vietnam/Because Music.
Pharaon de Winter - Pharaon de Winter

Tracklist : Pharaon de Winter - Pharaon de Winter
  1. Tocsin
  2. Vue sur le Caire
  3. Ultramarine
  4. Distant Trees
  5. Le Futur
  6. Ton Coeur
  7. Pointillisme
  8. Les Yeux
  9. Paddy
  10. Pharaon de Winter

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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