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Islands – Should I Remain Here At Sea ?

Ils sont là ! Après de longs mois d’attente, Islands a sorti courant mai deux albums qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre, mais qui vont parfaitement bien ensemble.

Enregistrés simultanément dans des styles très différents, Should I Remain Here At Sea ? et Taste symbolisent le goût de la tête-pensante Nick Thorburn pour les contours flous, le mélange des genres, le brouillage des pistes.

Dans le fond et dans la forme, Should I Remain Here At Sea ? est le cousin pas très éloigné de la plupart des albums d’Islands (Return To The Sea, Arm’s Way, A Sleep and A Forgetting, Ski Mask), et c’est probablement l’album le plus proche de l’ADN du groupe. Suite spirituelle de l’originel Return To The Sea – qui bénéficiera d’une réédition en fin d’année à l’occasion de son dixième anniversaire – il sonne comme de la pop indé telle qu’on l’aime : des mélodies immédiates, articulées autour d’un noyau guitare-basse-batterie et enregistrées en live. L’album est construit decrescendo, telle une métaphore à peine cachée (et pessimiste) de n’importe quelle relation humaine. Le début est pêchu, emballant, euphorique. La fin, qu’on ne voit pas arriver avant d’avoir le nez dessus, est plus calme, plus contemplative, plus mélancolique.

Islands - Should I Remain Here At Sea ?

L’inaugural Back Into It fait probablement référence à la reformation éphémère de The Unicorns en 2014. Malgré la déception apparente de ne plus être en phase avec ses ex-buddies, le morceau est un des plus pushy jamais écrits par le groupe et s’appuie sur le double sens de l’expression titre. On dirait qu’il s’agit d’un retour aux affaires, mais on évoque plutôt ici le fait de tourner le dos à quelqu’un / quelque chose (« You’re all wrong / And that’s when I knew it / You put your back into it / And it was all gone »). Je vous ai déjà parlé du goût pour le brouillage des pistes ?

Fear, que l’on croirait échappée d’un best of de The Smiths, et Fiction, énervade anti-folk à la Daniel Jonhston, continuent de faire monter la sauce quand arrive Stop Me Now, qui calme un peu le jeu avec sa coolitude à contre-temps. Une fois passée la cavalcade d’Innocent Man, la face B déroule une suite de jolies balades à tiroirs, comme autant de parfaites réverbérations des injonctions pop de la face A. Troussées autour de thèmes particulièrement festifs tels que la séparation (Sun Conure), la fatalité (Right To Be Misbegotten), ou l’isolement (Hawaii), elles n’incitent pourtant pas à se foutre en l’air mais à se poser deux secondes pour regarder le temps qui passe dans un éclair de lucidité.

Ultime rêverie atmosphérique, At Sea conclut l’album dans un nuage de nappes synthétiques. On voit hyper bien le générique de fin qui défile, celui que tu mates les yeux dans le vague en repensant aux grands moments du film qui vient de s’achever. Ces moments dont tu te souviendras longtemps et qui font que tu le recommanderas avec l’enthousiasme de celui « qui sait ». Ces moments auxquels que tu repenseras en te demandant comment un tel mélange des genres peut donner un résultat aussi compact, cohérent et personnel.

Tracklist : Islands - Should I Remain Here At Sea ?
  1. Back Into It
  2. Fear
  3. Fiction
  4. Stop Me Now
  5. Innocent Man
  6. Christmas Tree
  7. Sun Conure
  8. Right To Be Misbegotten
  9. Hawaii
  10. At Sea

Sortie le 13 mai 2016 chez Manqué Music / PledgeMusic.

Islands – Should I Remain Here At Sea ?4.5
9/10
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