Coincée entre Mogwai et les Midnight Sister, Snail Mail a réussi à retourner l’édition du Villette Sonique à elle toute seule. Car s’il fallait n’en retenir qu’une, c’est elle. Elle n’a pas encore l’âge de s’acheter un paquet de cigarettes dans son pays mais elle vient tout de même de fumer toute la concurrence.

Lindsey Jordan aka Snail Mail affole donc les médias, les compteurs et les gens de bon goût. Sur Youtube, les chansons de son premier EP, Habit (Sister Polygon – 2016), font un carton plein et affichent un nombre d’écoutes qui feraient tomber dans les pommes n’importe quel directeur artistique normalement constitué. Il en va de même avec les médias. Son premier album n’est pas encore sorti que Snail Mail a le droit à une double page dans le New York Times et déclenche les louanges de Spin ou de Stereogum. Le reste de la presse américaine devrait lui faire sa révérence cet été.

Alors qu’on s’ennuie ferme en 2018, Snail Mail arrive avec de l’or en barre et des refrains en béton armé. On avait pas entendu une chanson comme Slug ou Dirt depuis… le premier Exile in Guyville ? Cela tombe bien, Liz Phair s’est entichée de cette jeune fille de Baltimore. Snail Mail a été invitée sur scène par Angel Olsen et a reçu les félicitations de Kim Deal (The Breeders).

Originaire d’Ellicott City, une banlieue de Baltimore (Maryland) réputée pour être une des villes les plus hantées des Etats-Unis, Lindsey Jordan réveille les fantômes du passé en poésie : I could’ve waited my whole life to/Know the difference/But I should’ve just known better than that. Signée chez Matador (Yo La Tengo, Belle and Sebastian et Liz Phair… tiens tiens), Jordan aurait pu louper le coche après son premier EP. Il n’en est rien. Lush, son premier album est gorgé de tubes et efface la nostalgie qui nous prenait quand on écoutait un disque de Pavement.

Snail Mail

Snail Mail © Louis Teyssedou

Tu as joué au Villette Sonique. Le concert s’est bien passé ? C’était ton premier concert en France ?

Snail Mail : Oui ! J’ai aimé ce concert. C’était parfait.

J’ai lu que tu avais demandé à tes parents une guitare quand tu avais cinq ans. Comment as-tu appris à jouer de cet instrument ?

J’ai appris de manière assez classique en prenant des cours. D’ailleurs, j’ai encore quelques cours à prendre pour me perfectionner. J’ai fait partie d’un groupe de jazz et j’ai joué pour l’église de mon quartier. Et j’ai commencé à écrire des chansons vers l’âge de 12-13 ans.

Snail Mail – Heat Wave

Et quelle est la première chanson que tu as réussi à jouer à la guitare ?

Smoke On The Water !

Pourquoi as-tu appelé ce disque Lush ?

J'aime bien ce nom. Il y a tellement de sens différents. Une des raisons qui explique ce titre est que je voulais que les gens qui écoutent le disque comprennent les histoires qui en sont à l'origine. Je voulais qu'ils puissent dépasser les textes et se perdre dedans, s'immerger dans mon esprit et se perdre dans mes sentiments. J'aime aussi penser qu'au niveau du son, c'est très "lushuous" grâce aux sons des guitares. D'un côté, les voix sont très propres et sonnent de manière un peu sèche. Mais je voulais donner l'impression que je jouais à côté de celui qui écoute ce disque tout en me tenant assez éloignée de lui. Je veux que celui qui écoute ce disque soit installé sur un matelas qui flotte sur l'eau avec moi qui joue de la guitare au bord de la piscine. J'aime à croire qu'on se perd dans ce disque, à la fois grâce au son et grâce aux textes.

Comment s'est déroulé l’enregistrement de ce premier album ?

Ce fut une vraie aventure. Je n'avais pas encore jamais mis les pieds dans un studio professionnel. Tout le monde a été génial, que ce soit le producteur ou les ingénieurs. Chacun avait des idées et on a essayé d'en tirer le meilleur. L'équipe s'est vraiment mise au service du disque et de la vision que j'en avais. J'ai juste eu besoin de brancher ma guitare. Je voulais que ce soit plutôt propre et sans trop d'excès. C'était génial de se sentir libre dans un tel espace. Cela m'a permis d'ajouter des guitares sur certains morceaux. J'ai l'habitude d'écriture mes chansons à la guitare et au piano. Mais cette formule n'a pas suffit à remplir l'espace du studio. On a réussi à remédier à ce manque.

Combien de temps l'enregistrement a-t-il duré ?

Ce fut une très belle expérience qui a duré environs 6 mois.

Quel est ton meilleur souvenir ?

Il y en a vraiment beaucoup... On faisait des "journées démo", au cours desquelles on écoutait toutes les démos, puis des "semaines de pré-enregistrement", avec les chansons un peu crues, à vif, et ensuite vraiment on passait en studio... Souvent, après les journées de travail, on sortait, on allait dîner ensemble, on jouait aux cartes. Le studio était situé dans une ferme, alors des fois on préparait le repas sur place avec des produits frais, et d'autres fois, on allait en ville. Donc, on a vécu plein de moments incroyables entre les moments d'enregistrement, au milieu des poulets et des autres animaux.

Comment as-tu rencontré l'équipe de Matador Records ?

J'ai demandé à les rencontrer parce que j'avais plusieurs options et je voulais voir ce qu'ils recherchaient, ce qu'ils attendaient de moi. Chris, le boss du label a dû être le premier que j'ai rencontré, je crois. J'ai vraiment aimé travailler avec eux, et je crois qu'ils sont très attentifs à la musique qu'ils accompagnent.

Comment as-tu trouvé le son de cet album ?

En fait, je crois que ça s'est fait avant même de rencontrer l'équipe de Matador ou d'entrer en studio. En fait, je crois que c'est venu naturellement, un peu comme si c'était mes racines et que je m'étais appuyée dessus pour grandir.

Pourquoi avoir choisi cette photographie avec ces couleurs pour la pochette de ton disque ?

C'est en effet une histoire de couleurs. Le hasard fait que je porte pas mal de rouge. Pas aujourd'hui... Même si ce n'est pas ma couleur préférée, le rouge est une couleur qui me parle et qui joue un rôle important. Habit a une pochette rouge et noire... Pour Lush, c'est une pochette rouge et bleue. J'adore ce bleu. Il convient parfaitement au rouge.
Quant à la photographie, elle est issue d'une série que j'ai faite en studio. Je trouve que je suis assez naturelle dessus.

Et de quand datent les chansons qui figurent sur Lush ?

Je l'ai écrit sur une durée d'un an et demi. J'ai pris mon temps. J'avais un stock de 30 chansons et nous en avons sélectionné dix. Je voulais que ce soit un disque très concis comme Habit. Matador a mobilisé pas mal de monde pour que Lush naisse. Je le considère un peu comme mon enfant d'ailleurs.

TOP 10

1) Quel est ton artiste français préféré ?

Hum. J'ai vu le concert de Marquis de Sade hier. J'ai téléchargé un de leurs disques... Attends je regarde dans mon Iphone. Rue de Siam. C'est excellent.

2) New York City or Los Angeles ?

Oh la. C'est une question super difficile. Je viens de passer quelques jours à Los Angeles... Mais je suis très fière d'être de la côte est. Je vais donc dire New -York.

3) Ta chanson favorite de Liz Phair ?

Batmobile.

4) Le meilleur endroit pour voir un concert ?

Hum... Il faut que je te dise un endroit où j'ai joué. Ou plutôt où j'aimerais jouer. C'est une bonne question. Peut-être FORESTY.

5) Le meilleur endroit pour faire un concert ?

Le Botanique de Bruxelles est superbe. L'endroit est génial. La salle est cool et les jardins sont magnifiques.

6) Ta bande originale de film préférée ?

Adventureland.

7) Ton disque préféré des Breeders ?

Là aussi ce n'est pas évident. J'adore ce groupe. Je vais répondre Title K.

8) Nirvana ou Pearl Jam ?

Nirvana.

9)Le producteur de tes rêves ?

Steve Albini.

10) CD ou Vinyle ?

Vinyle.

Snail Mail - Lush

Lush de Snail Mail est disponible chez chez Matador/Beggars.

Snail Mail - Lush

Tracklist

Snail Mail - Lush
  1. Intro
  2. Pristine
  3. Speaking Terms
  4. Heat Wave
  5. Stick
  6. Let's Find An Out
  7. Golden Dream
  8. Full Control
  9. Deep Sea
  10. Anytime