Dans la série « on tuerait pour qu’un tel disque sorte aujourd’hui », le deuxième disque de Perio est un cas d’école. Hébergé chez Lithium (Dominique A, Diabologum), Perio (Éric Deleporte/Sarah Froning) quitte la scène nantaise une fois son premier album sorti et part enregistrer Medium Crash aux Etats-Unis.

1999. Une éternité si proche de 2019. Il y a vingt ans, Mark Linkous et Jason Molina étaient encore parmi nous, les Silver Jews venaient de sortir l’un des meilleurs disques de la décennie et Perio publiait Medium Crash, un disque aussi direct que complexe qui nous faisait naviguer à vue et nous envoler dans cette étrange période.

Objet Disque, le label dirigé par Rémy Poncet aka Chevalrex a la bonne idée de rééditer ce bijou. Avant de faire jeu égal avec les Shins sur ce The Great Divide (dixit Mathieu Grunfeld), Perio nous aidait à passer le cap du vingt-et-unième siècle sereinement.

Icy Morning In Paris est sorti en 1994… Medium Crash arrive en 1999. Qu’as-tu fait pendant ces 5 ans ? C’est une « pause » volontaire ?

Eric Deleporte : Il n’y a pas eu de « pause ». Icy Morning In Paris est sorti le 17 octobre 1994, puis nous avons tourné en 1994-1995. J’ai en mémoire quelques dates mémorables avec Yo La Tengo (à l’Arapaho), Lisa Germano (Le Divan du Monde, l’Ubu à Rennes), Philippe Katerine (Le Pannonica à Nantes), un plateau Lithium avec Diabologum (Colmar, Liège). Nous avons également enregistré deux 45 tours pour le Lithium Single Club.
En janvier 1996, je m’installe dans le sous-sol d’une maison à Birmingham (Alabama) pendant six mois pour commencer l’écriture de ce qui deviendra Medium Crash. Quatre k7 démos (environ une trentaine de titres, ça prend du temps).
Été 1996 : installation dans le Queens à New York.
1997-1998 : enregistrement du disque, différentes sessions en fonction du choix des titres présentés sur les démos. S’ajoutent le travail de promo, les répétitions, l’artwork, les photos. L’album sort le 19 janvier 1999 sur Lithium/Labels.

perio - Medium Crash

J’ai lu dans un article de Magic que tu étais parti t’installer à Chicago. Pourquoi as-tu quitté la France ?

Plus exactement j’ai vécu de 1996-1999 à New York et de 2000 à 2003 à Chicago, pour des raisons personnelles et professionnelles. Les États-Unis sont de plus une belle aventure musicale (surtout à l’époque, dans le domaine de l’indie-rock). J’ai toujours eu cette soif de découverte. J’avais également envie de jouer devant un public anglo-saxon : découvrir de nouvelles tendances, partager, rencontrer des musiciens…

Medium Crash a été enregistré au Rare Book Room à New York. Comment s’est fait ce choix ?

Au hasard des rencontres. Je travaillais comme graphiste free-lance pour la presse féminine new-yorkaise (JANE magazine, W magazine). Via un cercle d’amis, j’ai proposé mes services pour réaliser la pochette du groupe Pumpernickel. Mark Ospovat, le leader du groupe, m’a présenté à David Mecionis, lequel jouait dans le groupe Baby Tooth avec Nicolas Vernhes. Nous cherchions un studio pour l’enregistrement du second album puis David m’a présenté à Nicolas qui commençait juste l’installation du Rare Book Room (Titre de l’album de Baby Tooth).

Partition de Billboard (2 )

C’est à New York que tu as rencontré Nicolas Vernhes, la personne qui va enregistrer ce disque ? L’as-tu choisi car il venait de produire American Water des Silver Jews ?

L’enregistrement d’American Water s’est fait en alternance avec Medium Crash. Nous avions commencé les sessions avant Silver Jews. Le choix de travailler avec Nicolas Vernhes n’a rien à voir avec les Silver Jews.

Le disque a été enregistré au cours de l’été 97. Combien de temps a duré l’enregistrement ?

Les sessions se sont étalé sur une année, du printemps/été 1997 jusqu’au printemps 1998.

Sur ce disque, le son évolue. Notamment grâce à l’arrivée de David Mecionis et de Lance Posner. Qui sont ces deux musiciens ?

J’ai rencontré Lance Posner en premier, nous travaillions à l’accueil du MOMA (Museum Of Modern Art de New York). J’ai eu ce petit boulot pendant six mois dès mon arrivée à New York. On a beaucoup échangé autour de la musique puis on a commencé à travailler ensemble à partir des démos. Par la suite, nous nous sommes tous retrouvés (Lance, David, Nicolas) pour des réunions de travail de production : j’ai compris ce qu’était ‘produire’ un album au sens anglo-saxon du terme.

Quels souvenirs gardes-tu de cet enregistrement ? Quel est le meilleur souvenir de cet enregistrement ?

Ce moment précis où je testais ma guitare acoustique pour enregistrer mes parties du titre Useless Blues et je chantais Birthday Cake (chanson à l’origine non prévue pour l’album), David et Nicolas derrière la console appuyant sur play/record me disant : continue, continue… Birthday Cake s’est fait en une seule prise (voix + guitare acoustique et se retrouve sur le disque). Il y a également les prises de Sunday Painter avec quatre claviers branchés en série. Les sessions de Billboard (2) avec les quatre musiciens (Christine Todd, Paul Garment, Steve Ametrano et David Mecionis) placés à chaque angle de la pièce du studio, légèrement éloignés les uns des autres pour créer une atmosphère ‘live’ de kiosque à musique. David Mecionis « s’énervant » sur le mix du break de The Haze Woman y travaillant une journée entière. Les prises de Color Me Human dans l’immense amphithéâtre de l’Université de Nassau (NY).

Cette réédition comporte 7 inédits. Où dormaient-ils ? Pourquoi n’ont ils pas figuré sur le disque ?

Le choix de la séquence s’est fait avec Vincent Chauvier (directeur du label Lithium). Il y avait de la matière, beaucoup d’hésitation quant au choix des titres. On ne pouvait pas imaginer un double album avec presque une heure de musique… Tout a été pensé à la seconde près.

Et cette pochette ? Où a été prise cette photographie ?

C’est un selfie avant l’heure pris avec mini appareil Kodak devant le miroir d’un appartement dans le Queens.

No Western Land Fits Your Passion est la plus belle chanson de 1999. Quelle est l’histoire de cette chanson ?

La chanson parle d’immigration, d’identité, d’un.e individu.e s’apercevant que le monde ‘occidental’ ne lui convient pas.

Une tournée a suivi la sortie de ce disque ? Si oui… A-t-elle été importante ? Quels souvenirs en gardes-tu ?

Une longue tournée commence début avril jusqu’en juin 1999. Je me souviens de la première date au Jimmy à Bordeaux avec Calexico. L’occasion pour moi de rencontrer
pour la première fois Joey Burns et John Convertino. Ont suivi beaucoup de dates en première partie de Dominique A qui sortait Remué en mars 1999. Je garde un très bon souvenir de notre performance aux Halles de Schaerbeek à Bruxelles (magique), de la White Session chez Bernard Lenoir. Nous avons également partagé la scène avec The Notwist (inconnu en France à l’époque) à Rennes et à Toulouse, et terminé le 3 juin 1999 au Divan du Monde avec The Go-betweens (un grand moment). Par la suite, nous avons organisé une tournée américaine avec Dogbowl en septembre 1999 sur la côte Est, puis des rencontres et des dates éparses ont suivi à Chicago, notamment une belle affiche avec Edith Frost (Drag City) et Central Falls (Truckstop) au Hideout, un club mythique de la ville.

Quels sont tes albums préférés de 1999 ?

The Soft BulletinThe Flaming Lips
RemuéDominique A
Ideal CrashDeus
I See A DarknessBonnie Prince Billie
PinbackPinback

Medium Crash de Perio sera disponible le 18 janvier 2019 chez Objet Disque.

Perio - Medium Crash

Tracklist

Perio - Medium Crash
  1. The Shore
  2. Billboard (2)
  3. Enemies For Life
  4. Lopsided
  5. No Western Land Fits Your Passion
  6. Cut And Paste - Graceland
  7. Sunday Painter
  8. Dirt Supreme
  9. Golden Burrito
  10. Cahaba Heights
  11. Charlie's Last Chance Club
  12. Birthday Cake
  13. Color Me Human
  14. Billboard (1)
  15. Useless Blues
  16. Central Booking
  17. The Haze Woman
  18. Golden Burrito (radio edit)
  19. For Want Of Sun
  20. Sucker
  21. Two Faced