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[2000 – 2020] Studios (Ed) Harcourt

© Steve Gullick

On l’a aperçu sur scène aux côtés des Libertines et de Marianne Faithfull. On l’entendra bientôt aux côtés de Mark Lanegan sur un des titres de Straight Songs of sorrow. Et on va surtout réécouter Maplewood, qui fête cette année ses 20 ans. Ce premier disque, paru chez Heavenly Recordings, fut le début d’une discographie d’une classe folle qui enchanta les années 2000/2010.


Il fallait être totalement sourd (ou totalement con) pour ne pas se douter que l’auteur de I’ve Become Misguided et d’Apple Of My Eye en avait sous la pédale. Ce premier EP, véritable coup de maître, sacralisa d’emblée son auteur. Ed Harcourt fit encore mieux les années suivantes (Here Be Monsters en 2001 et surtout en From Every Sphere en 2003) et distança ses concurrents des années 2000. Les Turin Brakes restèrent bloqués dans les starting-blocks et les I Am Kloot ne dépassèrent jamais le niveau de leur premier album. A côté d’eux, Ed Harcourt avait tout bon dès le départ. Le bon label, le bon photographe et surtout les bonnes chansons qui étaient les meilleures amies de ceux qui étaient insensibles à celles des Zero 7. Ecouter Maplewood, c’est être sûr de partir pour le Sussex et voir défiler les paysages de la campagne anglaise.

Comment as-tu rencontré Jeff Barrett et son label Heavenly Recordings ?

Ed Harcourt : Mon manager de l’époque, Dick O’Dell, avait envoyé cet EP de 4 titre à différents labels. Jeff Barrett et Martin Kelly de Heavenly sont venus me voir jouer au Kashmir Club, un petit bar situé dans le sous-sol d’une pizzeria à Marylebone… Ils n’étaient pas convaincus au début. A chaque fois qu’ils venaient me voir, je jouais des nouvelles chansons avec des nouvelles personnes. Je pense aujourd’hui que je le faisais sûrement exprès! J’étais en admiration devant Jeff. Il m’a fait découvrir tant de disques géniaux.

Les photographies de ce disque sont signés Steve Gullick. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Et où ont été pris ces clichés ?

J’ai rencontré Steve à Londres. Cette rencontre fut un coup de foudre. Je logeais à cette époque dans un ancien corps de ferme qui appartenait à ma grand-mère. Nous avons commencé par boire… beaucoup. Il est maintenant l’un de mes amis les plus proches et il est le parrain de mon fils. La pochette de Maplewood a été faite dans le fond du jardin. Nous avions fait des photos toute la journée et je pense que nous avions tous les deux la gueule de bois. C’était la fin de l’après-midi, je me souviens avoir jeté tout ce foin en l’air par frustration et demander à Steve si nous pouvions enfin mettre fin au shooting. C’est à ce moment qu’il a fait les photos.

Ed Harcourt – Apple of My Eye

Ce fut un enregistrement facile ?

Maplewood est un disque qui est composé de démos que j’ai enregistrées sur un 4 pistes. J’ai des centaines de versions de ces 4 démos. C’est une bonne introduction à mon univers musical. Tout est sur cassette. J’enregistrais d’une manière assez particulière car je n’avais que 4 pistes. J’enregistrais des percussions sur une piste (en écrivant parfois autour de la batterie) puis du piano ou de la guitare, puis de la basse, puis j’enregistrais ces 3 pistes sur la quatrième et dernière piste, ce qui libérait de facto les trois autres pistes. Ensuite, je mettais 2 pistes sur 1, puis je pouvais continuer à enregistrer jusqu’à ce que je n’ai plus de pistes. Mais la plupart du temps, je n’ai pu avoir que 5 ou 7 pistes… Ce qui est d’une certaine manière assez libérateur. Aujourd’hui les logiciels numériques permettent d’avoir des temps et des pistes d’enregistrement infinis. J’aimais cette limitation.
Nous avons mixé et masterisé Maplewood aux studios Metropolis avec Miles Showell. Je travaille toujours avec lui d’ailleurs. Je suis arrivé au studio avec mon Tascam 4 et des sacs en plastique chargés de bandes. Il m’a demandé s’il s’agissait des mixes finaux. Je lui ai répondu qu’il s’agissait d’une partie des mixs. Il n’en revenait pas. J’ai dû mixer le disque selon ses procédés. A un moment donné, les bandes de I’ve Become Misguided sont devenues inutilisables. Miles a donné un petit coup de marteau sur les bandes de la chanson… On a tout rembobiné et tout est reparti de plus belle.

Combine de temps cela t’a pris?

Les enregistrements de toutes les démos couvrent une période de deux ans.

Comment est né le projet de faire ce disque ? Quand as-tu écrit ces quatre premières chansons ?

Je n’avais pas l’intention de faire un disque. J’écrivais et je les faisais pour moi. Je n’avais jamais vraiment pensé qu’elles verraient le jour. Je pense que beaucoup de chansons ont été écrites entre 1998 et 2000…

Quel est ton souvenir préféré de cet enregistrement ?

Je travaillais comme chef dans un restaurant qui s’appelait Hungry Monk. Mon service se terminait parfois tard. Je prenais alors un train de nuit pour retourner dans cette vieille ferme qui était mon domicile. Je m’ouvrais une bouteille de vin rouge, je fumais et j’écrivais de la musique jusqu’à l’aube. Un style de vie idyllique pour un jeune bohème en herbe ! Mon ami Hadrian Garrard venait parfois traîner et jouer de la trompette et nous écrivons aussi. C’était une époque délicieuse.

Et d’où vient le nom de cet EP ?

C’était un surnom que j’avais donné à un border collie d’une ex-petite amie.

Ed Harcourt - Maplewood


Maplewood d’Ed Harcourt est disponible chez Heavenly Recordings/PIAS.

Ed Harcourt - Maplewood

Tracklist : Ed Harcourt - Maplewood
  1. Hanging With The Wrong Crowd
  2. I've Become Misguided
  3. Apple Of My Eye
  4. Attaboy Go Spin A Yarn
  5. He's Building A Swamp
  6. Whistle Of A Distant Train


English text

How did you meet Jeff Barrett & Heavenly Recordings ?

Ed Harcourt : My manager at the time, Dick O’Dell, had been sending CD’s of my 4 track songs to various labels. Jeff & Martin Kelly from Heavenly came to see me at this little basement bar called the kashmir club, below a pizzeria in Marylebone…they weren’t convinced at first, as every time they saw me live I performed new songs they’d never heard and the line up of my band was always different! I think I was probably doing it on purpose! I was in awe of Jeff. He introduced me to so much great music.

The pictures of the artwork were shooted by Steve Gullick. How did you meet him ? Where did you soot the picture ? In Sussex ?

I met Steve in London and we immediately hit it off. He came down to my grandmother’s old farm house where I’d been living and we proceeded to get royally drunk. He is now one of my closest friends and godfather to my son. The front cover of Maplewood was shot out in the back garden. We’d been shooting all day, I think we were both hungover from the night before and it was the end of the afternoon, I remember throwing all this hay in the air out of frustration and asking Steve if we could finally end the shoot. And that was the shot.

How easy this first recording process ?

Maplewood is a record that is comprised of some of my 4 track demos. I have 100’s and 100’s of these 4 track demos. We just chose what we thought would be suitable as an introduction into my musical world. Everything is on tape cassette. The way that I would record, because I only had 4 tracks, was that I would record drums on one track (writing around the drum part sometimes) then piano or guitar, then bass, then I would record those 3 tracks on to the 4 track, which would free up the 3 tracks I’d just used. Then I’d print 2 tracks onto 1, then I could continue bouncing until I ran out of tracks. But most of the time I only was able to have 5-7 tracks…which in a way is quite liberating having that limitation, especially in this day and age when digital software gives you endless recording time and channels.

When we mastered Maplewood in Metropolis, Miles Showell, the mastering engineer ( who I still work with extensively) looked at me with my Tascam 4 track machine and plastic bags of tapes and said ‘ Where are the final mixes? ‘ . . . I said ‘ what final mixes?’ He couldn’t believe it. So I had to mix the record as he mastered it. At one point, the tape of ‘I’ve Become Misguided’ seemed unusable as it had a ridiculous amount of hiss and hum all over it. He hit a small hammer on it and then put it back in the machine and it was fine!

How did long it take you ?

Well, they were taken from so many different demos. I guess I wrote them over a 2 year period…

And how was born the idea to do a record ? When did you write the Maplewood songs ?

I had no plans to make a record. I was just writing and making them for myself. I never really thought they’d see the light of day. I think a lot of the songs were written between 1998 and 2000…

What’s your favorite memory of this recording process ?

I was working as a chef in this restaurant called the Hungry Monk. Sometimes my shift would end late, like 1am. I would get a lift back to the old farmhouse, open a bottle of red wine, have a smoke and then write music until about 6 in the morning. An idyllic lifestyle for a wannabe young bohemian! My friend Hadrian Garrard would come and hang out sometimes and play trumpet and we write as well. It was a great time..

What’s the reason behind the name of this record ?

I named the album after a nickname I had for an ex-girlfriend’s mother’s border collie dog!

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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