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Dominique A (à lire)

© Valery Lorenzo

« Tous ceux qui ont acheté le premier album du Velvet Underground ont ensuite formé un groupe » a déclaré Brian Eno. On pourrait lui rétorquer que tout ceux qui ont écouté France Inter le soir de la première diffusion de La Fossette se sont mis à écouter du rock fait par un Français. Un an après la sortie d’Un Disque Sourd, Dominique A se fait entendre avec La Fossette. Le duo Jourdain & Lemarchand publient aux Éditions Densité un livre qui revient sur la genèse et la qualité intrinsèque de ce grand disque.

Pourquoi avoir fait le choix d’écrire ce livre à deux ?

Thierry : C’était une évidence. Tout avait commencé à deux autour de Dominique bien avant même le livre. J’ai découvert les éditions Densité par le biais de Pierre, qui avant de publier une première fois dans la collection Discogonie, en disait le plus grand bien. J’étais intrigué par le fait que puisse exister en France une édition qui évoque tout ce que j’aimais outre-Atlantique de la collection 33 1/3. L’idée que chaque livre soit écrit sur un seul album de musique m’avait beaucoup plu. Après s’être croisés depuis de nombreuses années à des concerts et autres manifestations culturelles autour de Rouen, Pierre et moi avons sympathisé et voulu unir nos forces de passionnés autour d’un projet artistique, ce fut dans un premier temps sur la création de la revue papier pluridisciplinaire Equilibre Fragile en 2015. Notre premier numéro, d’un commun accord, a été consacré à Dominique A. Il a été le premier artiste a accepter une interview et à nous faire confiance, il est devenu un peu le parrain de la revue. Quand il a été question pour moi, en 2016, de tenter de suivre les pas de Pierre pour la publication d’un premier ouvrage à part entière sous mon nom, il a été source de conseils et de contacts, j’ai frappé à plusieurs portes et je suis arrivé devant celle d’Hugues Massello des éditions Densité. Quelques temps plus tard, quand Pierre, qui venait de sortie Fantaisie Militaire d’Alain Bashung, réussite absolue (le disque, certes, mais quand je dis réussite absolue, c’est au livre de Pierre que je pense), fan de la première heure de La Fossette, me propose, très humblement, si je le souhaite que l’on partage à deux l’aventure de ce livre, il ne me faut pas beaucoup de temps pour, ravi, accepter. Comment aurait-il pu en être autrement, j’étais à la fois flatté qu’une plume comme Pierre veuille se joindre à moi et j’étais également rassuré car nous n’allions pas être trop de deux pour nous atteler à l’immensité de La Fossette. Il est apparu évident et essentiel que cela se fasse ensemble. Après Equilibre Fragile, ce livre est le prolongement et l’aboutissement d’un processus d’écriture qui nous a fait grandir et évoluer et aussi la photographie de ce qui nous lie Pierre et moi, l’un et l’autre extrêmement différents.

Discographie

Dominique A – Le Courage des Oiseaux

Comment s’est dessinée votre collaboration ? Comment s’est réalisée la répartition des rôles ?

Pierre : On s’est très vite accordés sur ce que nous désirions raconter dans ce livre. A savoir, tout d’abord, l’histoire singulière de cet album – singulière quant à sa position dans l’histoire du rock en France, singulière quant à son inscription dans la propre histoire de Dominique (un premier album, c’est toujours une histoire décisive). Ensuite, nous savions que, puisque c’était possible, nous irions à la rencontre de tous les artisans ou témoins proches de La Fossette – dont Dominique A lui-même bien sûr. Enfin, il y a eu ce désir de ne pas écrire un livre trop « technique », trop « musicologique », de faire dialoguer chacune des chansons de La Fossetteavec l’histoire même du disque, l’histoire de Dominique A. Alors, nous nous sommes répartis les tâches. J’écrirais la première partie, celle qui s’intitule finalement « Avant la lettre » et qui raconte la genèse de La Fossette, l’histoire de Dominique jusqu’à cet album, l’histoire de l’écriture et de la réalisation de ce disque. Thierry, quant à lui, écrirait la seconde, « Au creux de La Fossette » : la plongée dans les chansons elles-mêmes, leur analyse et les liens qui les unissent les unes avec les autres, leurs univers textuels et sonores.
Deux parties qui s’articulent selon deux mouvements très différents finalement : une première partie horizontale, qui épouse la ligne du temps, le fil chronologique et une seconde plus verticale, qui propose de véritables plongées dans l’album, des explorations en profondeur.

Écrire à deux… C’est une force ? Quelles ont été vos difficultés ?

Pierre : Nous avions l’habitude, déjà, de réfléchir ensemble à des projets d’écriture, ayant fondé la revue Equilibre Fragile tous les deux, comme le raconte Thierry. Nous savions que ça fonctionnait, même si nous avons deux manières différentes de travailler l’écriture… Hugues Massello, le patron des éditions Densité, a pu dire, avec une pointe d’humour, que la mienne était « lyrique » et celle de Thierry « gonzo ». Thierry, tu diras ce que tu en penses, si tu te sens en accord avec ça, mais c’est vrai que j’ai peut-être un style qui emprunte aux procédés romanesques, je me positionne en surplomb. Thierry est beaucoup plus dans la proximité, il y a ce désir chez lui de faire résonner un sujet (en l’occurence, une œuvre musicale) avec son propre vécu, son expérience. Enfin, c’est ce qui me semble…
En ce qui me concerne, il y avait aussi l’intégration de tout un travail documentaire. Je me suis basé sur les témoignages de tous les artisans de La Fossette (Dominique mais aussi Eric Deleporte, le photographe Valéry Lorenzo, l’ami musicien Michel Cloup, le patron de Lithium Vincent Chauvier, l’ami graphiste des beaux arts Laurent Rondeau, l’ingénieur du son Nicolas Moreau, etc).
Ca a été difficile de lier les deux parties, mais finalement, ces deux approches, la mienne plus narrative, celle de Thierry plus psychologique, se complètent bien je trouve ! Une histoire, en ce qui me concerne. La plongée dans un monde, pour Thierry. Ces deux « manières » épousent chacune leur sujet, pour offrir de ce disque un tableau en relief.

Thierry : Je n’aurais pas su faire meilleure réponse que celle de Pierre. La plus grande difficulté a peut-être été de rendre cohérentes nos différences et unifier nos styles avant tout. J’espère être à ma manière, tout comme Pierre, un passeur et un raconteur d’histoire, c’est tout ce à quoi j’aspire. Il y a eu, oui, une période de rodage, d’ajustement, d’apprivoisement, de nos deux univers et de nos deux styles. Déjà parce qu’aucun de nous deux, mu par le respect qui nous lie chacun l’un à l’autre, ne voulions à aucun moment prendre plus les rênes ou le pas sur l’autre. Ensuite parce que l’on savait très bien ce que l’autre pouvait apporter à l’objet principal de notre union, le livre, nous étions avant tout au service du livre et de Dominique, avant de penser à nous-mêmes.

© Valery Lorenzo

Comment s’est fait le choix de La Fossette ? Quelle place occupe ce disque dans votre culture musicale ?

Thierry : L’origine du choix de La Fossette nécessite de remonter un peu. En 2016, quand j’ai frappé à la porte d’Hugues Massello, je suis d’abord venu vers lui avec une proposition importante pour moi à l’époque, The River de Bruce Springsteen mais qui n’a pas retenu son attention. Ce projet a alors pris une autre forme et est malgré tout devenu mon premier ouvrage publié, Bruce Springsteen 1977 – 1980 : From The River to The Darkness aux éditions Camion Blanc. Hugues m’a ensuite suggéré que je lui propose d’autres titres d’albums ou artistes qui pourraient avoir un sens pour sa collection Discogonie. Je lui ai envoyé une liste dont La Musique de Dominique A, celui-ci avait une grande place dans son cœur mais il m’a plutôt demandé de travailler sur La Fossette, qui était une bien meilleure idée effectivement. J’avais en fait bien trop peur de m’atteler à la montagne que pouvait représenter ce disque, mais avec mon copain Pierre, je n’ai plus eu peur. A l’époque où La Fossette est sorti, ce n’est pas du tout ce que j’écoutais, je rejetais en bloc, comme un idiot, presque tout ce qui pouvait être français. C’est mon côté tête de con. En 1991 Out of Time de R.E.M., oui, Nevermind de Nirvana, Use Your Illusion de Gun’N’Roses, Innuendo de Queen, oui mais La Fossette de Dominique A ou Les mariages chinois de Katerine, à cette époque-là jamais de la vie ! Ce n’est qu’avec des découvertes par le biais d’amis que bien plus tard, je suis revenu vers le français. Au milieu des années quatre-vingt-dix, ça a d’abord été Noir Désir, Diabologum, Miossec, puis Katerine, puis très tardivement Dominique A, chez qui je décelais en fait quelque chose de très fort et qui au final est l’artiste français actuel dont je me sens le plus proche et qui me bouleverse le plus. Auguri en 2001 est le premier disque de Dominique A que j’ai aimé et La musique le premier que j’ai adoré et écouté, décortiqué jusqu’à la moelle, puis ce n’est qu’à partir de là que je me suis plongé dans le plus sec, le plus aride et au final le plus puissant de sa discographie, La Fossette, qui ne me quitte, depuis, plus.

Pierre : La Fossette signe, pour moi, l’entrée dans l’univers de Dominique A. Je découvre le disque quand il sort et je l’aime énormément. Ce n’est pas mon disque préféré de Dominique : je serai bouleversé par Remué qui, longtemps, demeurera mon disque préféré de Dominique, d’autant plus que je le découvre sur scène à ce moment-là, en 1999. Comme Thierry, j’ai beaucoup vu Dominique A en concert ! C’est peut-être le musicien que j’ai le plus vu sur scène… Pour répondre précisément à ta question, sur la place qu’occupe La Fossette dans ma culture musicale, je ne dirais pas qu’il incarne la survenue du français dans mes goûts, car à l’époque j’écoute déjà beaucoup Manset et Gainsbourg. Il offre plutôt la possibilité d’une proximité entre le chanteur et l’auditeur. La Fossette s’invite dans mon quotidien et il n’y a plus cette distance. Le Courage des oiseaux, tube domestique, hymne fragile, incarne bien cela : Dominique A pourrait être un ami. Quand il chante, il parle à notre oreille, il confie. C’est en ce sens que ce disque, et les disques de Dominique A ensuite, prendront une place immense et irremplaçable dans mon chemin d’auditeur, de passionné.

Vous avez pu travailler avec Dominique A qui est au final quelqu’un d’assez lucide sur ses disques. Comment s’est déroulé votre questionnement ?

Thierry : L’idée de départ était de l’ordre de la conversation. Nous ne voulions pas orienter trop les entretiens au risque de passer à côté de quelque chose. Dans un premier temps, les discussions avec Dominique étaient très ouvertes, presque pas de questions d’ailleurs mais des affirmations en forme de points de suspensions pour le laisser poursuivre et développer et puis il y a eu une dernière salve de questions, là beaucoup plus travaillées, volontairement. Quand nous sommes allés chez lui en juillet 2018, nous avons repris tout ce qui avait été dit en formulant cette fois-ci des questions très précises pour essayer de faire sortir des choses qui n’avaient jamais été dites ou racontées mais toujours de manière bienveillante. Nous avons eu une démarche très analytique au final, c’est mon ancienne vie d’étudiant en psychologie qui doit ressurgir quand je fais des interviews. C’est c’est manière de travailler, inédite, à deux, qui nous a conduit à bouleverser la charte de la collection Discogonie, à savoir un chapitre du livre par chanson. Comme j’ai pu le dire, nous étions au service du disque et du livre avant tout. En nous basant sur les propos de Dominique, avant même de s’en rendre compte, le découpage s’est fait naturellement en thématique et non pas chanson par chanson, dans notre écriture à Pierre et à moi.

Pierre : Je m’en étais rendu compte quand nous avions interviewé Dominique une première fois pour la revue Equilibre Fragile en 2015, puis que nous avons publié d’autres interviews pour cette même revue. L’interview est un terrain que Thierry aime beaucoup, sur lequel il est à l’aise, et très bon. J’ai appris quelque chose à ses côtés : pour faire une bonne interview, il faut accumuler beaucoup de matière, travailler énormément, préparer dix fois plus de questions qu’on en posera, pour s’offrir la liberté d’épouser le fil de la conversation et pouvoir rebondir. Aujourd’hui, je fais plus souvent des interviews et je sais m’en souvenir – merci Thierry ! Bref, quand on rencontre Dominique en juillet 2018, chez lui dans sa maison au bord de l’Erdre, on a bien préparé les choses. On a plein de questions : des questions pour consolider l’histoire de La Fossette, en vérifier les faits et la chronologie (car nous rencontrons Dominique en dernier, après tous les autres témoins) et des questions liées aux chansons elles-mêmes, à leur réalisation technique, à l’état affectif de Dominique aussi, à ce moment-là. Mais, comme le dit Thierry, on se laisse porter par le fil de la conversation, avant tout. Cette lucidité de Dominique, son manque absolu de complaisance, nous a permis de parler très franchement, de n’éluder aucun sujet. C’est, pour moi, un grand souvenir. Parce qu’en même temps, c’était très chaleureux, on prenait des cafés (et des bières aussi!) entre amis. Parce que Dominique c’est aussi ça : une grande humilité, une grande simplicité.

Qui s’est chargé de la rédaction de la rubrique Entre les mains, l’objet ? Pierre ? Vous vous rappelez de l’achat de ce disque ?

Pierre : Oui en effet, c’est moi qui ai écrit ce passage, qui se situe à la fin de la première partie. Il rassemble deux choses importantes : tout d’abord la description de la pochette, qui est un « passage obligé » de la collection Discogonie et également la matérialisation d’un rêve : Dominique tient enfin le CD de La Fossette entre ses mains. Je voulais que ce « passage obligé » s’intègre naturellement dans le récit de la genèse du disque, et j’ai donc raconté les conditions de réalisation de la photo de la pochette, qui font écho à celles du disque lui-même. Quelque chose de très spontané, instinctif, presque inconscient. Et je le lie à ce moment où Dominique se rend chez Vincent Chauvier du label Lithium aux premiers jours de janvier 1992. C’est un souvenir de Vincent que je trouve très fort. Dominique rêve depuis toujours ou presque de « faire un disque », il se rend chez Vincent pour boire un verre. Les disques auraient dû arriver une semaine plus tard mais ils sont là. Vincent prend Dominique par surprise. Il ne s’y est pas préparé et il se retrouve en train de caresser son rêve – au sens propre, et enfin. Il tient son disque et regarde son visage de profil sur la pochette…
Pour répondre à la deuxième partie de ta question, oui, je me souviens de l’achat de La Fossette. Je viens d’avoir 17 ans. C’est en février ou mars 1992, peu de temps après la sortie du disque. J’habite à la campagne, je me rends une fois par mois en ville, soit au Havre (à l’Audito) soit à Rouen (à la Fnac), avec un copain qui a une voiture (une Peugeot 104 grise avec un auto-radio-cassette – et c’était important !). Je l’achète à la Fnac, car nous étions allés à Rouen cette fois-là. Je l’écoute tout le temps jusqu’à ce qu’on cambriole mon appart. Je ne possédais rien à part quelques centaines de disques et les voleurs emportent tout. Y compris La Fossette donc ! (Et le second disque de Dominique, Si je connais Harry.) Alors je l’écoute en cassette (une copie) jusqu’à ce que je rachète La Fossette en CD dans les années 2000… J’ai, après La Fossette, acheté tous les disques de Dominique, sans exception, avec une fidélité inaltérable !

Thierry : Moi, j’ai récupéré mon retard en chanson française d’un coup, La Fossette a donc été acheté parmi une grande poignée de disques, à l’époque à la FNAC. J’ai souvent eu l’achat compulsif en matière de musique. Dix ans plus tard après la sortie de La Fossette, après avoir découvert et aimé Auguri, j’ai acheté toute la discographie de Dominique A sortie alors d’un coup mais il m’a fallu de nombreuses années pour tout écouter, décortiquer et, au final, aimer. Je me suis réellement plongé dans La Fossette, qui était resté dans mes étagères, après avoir adoré La Musique et avoir lu dans la presse tant de belles choses sur ce premier album. Ma culture musicale avait été presque exclusivement, pendant plus de quinze ans, américaine et anglo-saxonne, mais je me suis bien rattrapé depuis, promis !

Et de son écoute ? Il y a évidemment un passage crucial dans ce livre. Ce fameux soir où Inter diffuse le disque. C’est Arnaud Viviant à la manœuvre…. Vous pouvez revenir sur ce moment dont beaucoup d’auditeurs se rappellent.

Pierre : Oui… Je ne vais pas te le raconter, pour ça il faut lire le livre !!! J’ai rencontré Arnaud Viviant et il est revenu, pour le livre, très en détail sur cet épisode. Son témoignage était important, et il l’a livré avec une grande gentillesse, beaucoup de générosité. Voici les grandes lignes : Arnaud Viviant arrive un soir à l’émission de France Inter avec La Fossette sous le bras. Il vient de le recevoir par la Poste, c’est un mois environ avant que le disque ne sorte. Vincent Chauvier et Dominique lui ont envoyé car à l’époque il écrit dans Libé et les Inrockuptibles et il est chroniqueur dans l’émission C’est Lenoir. Il a un coup de coeur pour le disque, convainc Lenoir d’en passer un morceau. Au final, ils en passeront trois. Dominique, chez ses parents, entend médusé, sa musique sur les ondes d’une radio nationale. C’est le début de l’aventure pour Dominique A
Ce soir là, j’étais derrière mon poste. Je m’en souviens, même si c’était il y a trente ans ou presque. Ca ne ressemblait à rien de ce que j’avais pu entendre alors. J’ai tout de suite aimé. Le Courage des oiseaux m’a, en particulier, absolument subjugué. C’est l’un des premiers morceaux que j’aie su jouer à la guitare… mal, très mal.

Comment s’est déroulée l’analyse des textes de Dominique ? Vous vous y êtes attelés tous les deux ?

Thierry : On a beaucoup fait parler Dominique. Enfin, on a pas besoin de beaucoup le forcer pour parler, Dominique, on le suit, on le relance, nous n’avons presque pas de mérite, il n’y a qu’à faire « enregistrer » et se délecter de tout ce qu’il peut nous raconter. Il a beaucoup dit dès le début sur les textes, ceux capitaux et ceux sans importance, c’est cela qui nous a conduit à éluder rapidement l’analyse bête et disciplinée de textes, un par un. On a beaucoup procédé en ping-pong avec Pierre sur les textes et d’autres personnes en ce qui relève la musique.

Pierre : Oui, ce fut un ping-pong même si c’est Thierry qui a réellement supervisé cet aspect de notre travail : l’analyse des chansons et donc des textes. C’est vrai : Dominique nous a donné les clefs pour les lire – enfin, les entendre, dans les deux sens du terme. Il nous est apparu important de ne pas « sur-interpréter » non plus des paroles qui, pour certaines, ont été écrites très spontanément. C’est une des particularités de ce disque : la place qu’il réserve à la spontanéité, aux accidents. Il y a cette légereté qui se pose sur un fond beaucoup plus grave, celui de la rupture sentimentale, de la solitude. C’est cette dialectique qu’il s’est agit de raconter, dans l’analyse des chansons. Thierry le souligne : pour l’analyse de la musique elle-même, nous avons eu le concours de trois personnes : Dominique lui-même, qui nous a livré ses souvenirs, dont certains étaient incroyablement précis, un quart de siècle ayant passé alors. Nicolas Labatut, un de nos amis communs, grand musicien, a aussi posé son oreille sur les textures sonores pour en identifier les rythmes, les timbres, etc. Enfin, Sylvain Rollet, un ami de Hugues, notre éditeur, nous a confié son expérience de l’enregistreur 4-pistes et du clavier Yamaha PSS-580.
Au final, pour ce disque qui a compté pour tant de gens, qui a profondément changé la face de la musique rock en France, nous avons écrit un livre choral, qui, espérons-le, transpire de toutes ces vies marquées par ce petit creux de La Fossette. Il y a, dans ce livre, nos voix à Thierry et moi, amis aussi celles de Nicolas et Sylvain, celle de Dominique bien sûr, qui prolonge son chuchottement, et puis celles d’Arnaud Viviant, plume providence. Il y a, enfin, celles de tous les compagnons de Dominique : Eric de Pério et sa guitare fantôme, Nicolas et la caverne d’Ali-Baba de son Garage Hermétique, Nicolas des Beaux Arts qui façonne le livret foutraque, Valéry et son petit appareil Minolta, Vincent Chauvier dont le témoignage sur son rêve Lithium a été décisif, Katerine, Miossec et Michel Cloup qui posent leur regard sur ce début des années 90, quand Dominique A avance en solitaire, la lumière tremblante de sa Fossette éclairant ses pas. 30 ans après, la lumière est toujours là, intacte.

Le livre Dominique A – La Fosette de Thierry Jourdain et Pierre Lemarchand est disponible chez Discogonie.
La Fossette de Dominique A est disponible chez Parolophone.

Dominique A - La Fossette

Dominique A - La Fossette

Tracklist : Dominique A - La Fossette
  1. Vivement Dimanche
  2. Février
  3. Trombes D'Eau
  4. Va T'En
  5. L'Un Dans L'Autre
  6. Mes Lapins
  7. Sous La Neige
  8. Le Courage Des Oiseaux
  9. Les Habitudes Se Perdent
  10. Ce Qui Sépare
  11. Passé L'Hiver
  12. La Folie Des Hommes
  13. L'Echo

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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