Arctic Monkeys – Suck It and See

chronique : Arctic Monkeys – Suck It and See
Louis - 23/05/2011

Alex Turner et sa bande seraient-ils devenus des gens intéressants ? C’est la question que l’on peut légitimement se poser après des albums (quelque peu) dispensables et le gâchis de la présence du trop rare Bill Ryder Jones sur l’escapade solo de Turner que constitue Submarine.

Les détracteurs des Arctic Monkeys peuvent bouffer leur chapeau et se retirer les capotes des oreilles. Enfin juste un morceau du chapeau et une oreille. Un des premiers extraits à avoir été lâché sur la toile constitue une pièce de choix: Don’t Sit Down ‘Cause I’ve Moved Your Chair est un morceau bien ficelé qui permet à Turner de hausser le ton. Il quitte la cour de récréation et envoie tout valser, allant puiser dans des influences jusque là inconnues. On peut évidemment lui pardonner. Son groupe et son trajet servent de modèle pour tous les jeunes groupes made in UK. Les Arctic Monkeys sont un modèle, et ce qui est intéressant, en ce sens, c’est l’écart au modèle. Groupe phare des années 2000, il a incorporé assez rapidement Internet à son développement. D’autres non. Les Coral se retrouvent à chercher des pounds sous le matelas pour enregistrer un disque. Turner, malgré ses défauts, est toujours resté concentré sur son boulot. D’autres, non. On n’ose évoquer l’étron que constitue le dernier Wombats…

Suck It and see possède tout de même une paire de morceaux ennuyeux. Les trois premiers moulinent sacrément à vide. Un peu comme Humbug. Les Arctic Monkeys quittaient leur rock bas du front, qui faisait passer The Automatic pour les La’s, pour voguer dans le désert et les terres de Josh Homme. Mais les petits loups n’en avaient pas les moyens. Et voilà que l’aventure continue. Enfin continue…

The Hellcat Spangled Shalalala limite la casse (grâce à une section rythmique efficace) et sert de tremplin au meilleur moment du disque. Autre moment guilleret du disque: Reckless Serenade et ses accents liverpuldiens. Sur les trois premiers disques, le batteur sauvait la machine. Voilà que son collègue bassiste vient ramer dans le même sens. Mais pas pour longtemps. La fin du disque retombe dans les mêmes travers que  le trio de tête. De l’importance d’être constant écrivait Wilde.

Bref. Trois morceaux qui valent le coup. Trois fois plus que d’habitude. De l’importance d’être inconstant écrivait on ne sait qui.

Pouet? Tsoin. Évidemment.
Réponses
  1. Bonjour !

    Tout d’abord, je te félicite pour ton article. La plupart du temps, quand on lit une critique musicale sur tel ou tel site (ex: les Inrocks), ça manque cruellement de recherches et de profondeur.
    Ta critique est constructive, et, qu’on le rappelle, il y a toujours une part de subjectivité dans tout ce qu’on entreprend.
    Par contre, moi je trouve que tout ce que les Monkeys ont réalisé jusqu’à présent sont de pures merveilles, les paroles sont toujours très recherchées, bien tournées et très espiègles, les rythmes toujours très entrainants, alternant le doux et le saccadé.
    La sortie de Humbug, c’est le choix de se diversifier musicalement, de tâter un nouveau terrain, de changer de style, et c’est agréablement réussi : tout l’album s’inscrit dans une nouvelle voie, et mis à part My Propeller ou I haven’t got my strange, elles sont toutes géniales.
    Suck it and See est formidable, j’avais eu du mal avec Humbug au début, mais j’ai tout de suite adhéré à ce nouvel album « touche à tout », on sent de multiples influences comme tu l’as fait remarquer, et c’est impressionnant de voir que ces jeunes parviennent à jouer un nouveau style avec autant de brio, She’s thunderstorms ou Black trickles, elles sont lentes mais tellement prenantes, Library Pictures est folle, Reckless Serenade est vraiment douce, apaisante et belle… Je pourrais continuer incessament, mais tu as compris l’image. Mais c’est intéressant de lire ta critique, j’ai beaucoup aimé, et ça change des déchets qu’on nous pond sur la plupart des sites !
    Bonne continuation

  2. « D’autres, non. On n’ose évoquer l’étron que constitue le dernier Wombats… »
    « Bref. Trois morceaux qui valent le coup. Trois fois plus que d’habitude »
    I hope you will get AIDS and die.

  3. Et à part le commentaire sur le bassiste (bien présent sur plusieurs morceaux) de l’album, je pense tout à fait le contraire de ce que dit l’article. Exemple : « The Hellcat Spangled Shalalala » est si ennuyeux. Effectivement, il y a une grosse part de subjectivité. Heureusement !

Un avis, un commentaire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


A lire dans “Chroniques d'albums

Bill Fay - Countless Branches

Bill Fay ‎– Countless Branches

Adulé par les membres de Wilco et de War On Drugs, vénéré par Jim O’Rourke et Ed Harcourt, Bill Fay est définitivement sorti de sa retraite à l’âge de 76 ans avec la sortie de Countless Branches.

Alma Forrer - L'année du loup

Alma Forrer – L’année du loup

« J’ai envie de toi » chante Alma Forrer dans N’être que l’hiver qui ouvre son premier album L’année du loup et à son écoute nous avons aussi terriblement envie d’elle, de ses chansons entre folk américain et variété française au sens le plus noble.

Field Music - Making A New World

Field Music – Making A New World

Si Oasis et Radiohead n’avaient pas existé…. Si les Foals et les Coral n’avaient pas existé… Les Field Music seraient sûrement le groupe anglais le plus influent et le plus médiatisé de ces quinze dernières années.

The Electric Soft Parade - Stages

The Electric Soft Parade – Stages

Retour inattendu (et inespéré) des frères White ! Les Electric Soft Parade ouvrent le bal des sorties de 2020 et mettent d’emblée la barre très haute.

Jim Sullivan - If The Evening Were Dawn

Jim Sullivan – If The Evening Were Dawn

Le label Light In The Attic Records fait oeuvre de salubrité publique en rééditant de fort belle manière les deux disques de feu Jim Sullivan et en publiant If The Evening Were Dawn, un disque qui 10 chansons acoustiques jamais sorties.

Les Wampas - Sauvre Le Monde

Les Wampas – Sauvre Le Monde

Bonne nouvelle ! Les Wampas ne font plus la gueule et sont toujours chauds, sales et humides. Avec ce treizième album, Didier Wampas signe un excellent cru.

Dead Horse One – The West Is The Best

Qu’est-ce qui est mieux que Without Love We Perish, le premier disque des Dead Horse One enregistré par Mark Gardener (Ride) ? Qu’est-ce qui est mieux que que Season Of Mist, le deuxième disque des Dead Horse One enregistré par John Loring (Fleeting Joys) ? Et bien c’est The West Is The Best des Dead…

the-replacements-dead-mans-pop

The Replacements – Dead Man’s Pop

Pour ceux qui n’ont pas les finances nécessaires pour s’offrir le coffret G Stands For Go-Betweens : Volume 2 – 1985 -1989 des Got-Betweens, une seule solution : acheter Dead Man’s Pop de The Replacements. La douloureuse est divisée par cinq (on passe grosso modo de 270 à 50 euros) et le bonheur est totalement…

Stephan Eicher - Homeless songs

Stephan Eicher – Homeless songs

Il y a des disques qui vous prennent par surprise, qui vous étreignent. D’artiste dont on n’attendait plus grand-chose. Ils touchent peut-être parce qu’il y a une connexion physique et mentale qui s’opère.

My Favorite Horses - Funkhauser

My Favorite Horses – Funkhauser

Revenus du bayou et des rives du Mississippi, My Favorite Horses pose ses valises en France et donne sa définition de la pop française.

Mikael Kiwanuka - Kiwanuka

Michael Kiwanuka – Kiwanuka

Découvert en 2012 avec Home Again (un disque brillant produit par le leader des The Bees), Michael Kiwanuka avait forcé la porte des charts avec Love & hate. Le revoici avec Kiwanuka, un disque qui tient du chef-d’oeuvre.

Josh Homme - Desert Session 11

Josh Homme – Desert Sessions Vol 11 & 12

En attendant un nouveau disque des Queens Of The Stone Age, Josh Homme a décidé de rempiler pour deux Desert Sessions qui, en plus d’être d’excellente facture, ont le chic de nous envoyer un shoot de nostalgie.

Bill Pritchard - Three Months

Bill Pritchard – Three Months, Three Weeks and Two Days

Il faut écouter une heure pour écouter l’impeccable réédition de Three Months, Three Weeks and Two Days de Bill Pritchard. Et il faut, comme pour Pacific Street ou Pop Satori, une vie pour s’en remettre.

Vincent Delerm - Panorama

Vincent Delerm – Panorama

Sur Panorama, l’auteur de Kensington Square ou des Amants Parallèles fait encore mieux que d’habitude et nous emporte avec son art de la photographie du quotidien.

Marie-Flore - Braquage

Marie-Flore – Braquage

Marie-Flore raconte. Et son Braquage est une histoire. Celle d’un court-circuit. D’une sortie de route. Sans trace de freinage. Ou alors si peu. Braquage, c’est l’histoire d’un tir dans le noir. D’un amour. C’était un jour, un peu d’espoir. Une histoire brutale. L’amour qui frappe et qui fait mal. Celui en qui, cette fois, on…

Mark Lanegan Band - Somebody's Knocking

Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

Toc toc toc, revoilà l’ex Screaming-Trees Mark Lanegan. Composé en onze jours à Los Angeles (ville adoptive de l’artiste depuis 22 ans), Somebody’s Knocking a le mérite de remettre les pendules à l’heure et séduira les fans historiques tout comme les fantatiques de Depeche Mode.

Big Thief - Two Hands

Big Thief – Two Hands

Le robinet est ouvert… Il faut donc savoir en profiter. En quatre ans, les Big Thief ont publié quatre albums qui ont le chic d’être différents les uns des autres et de fascinants. Cinq albums si on compte le disque solo d’Adrianne Lenker, chanteuse et plume du groupe.

Chevalrex - Amiral Pop

Chevalrex – Amiral Pop

Avant de clôturer l’année 2019 de fort belle manière le temps d’un concert au 104, Chevalrex revient avec un EP, Amiral Pop et continue de flotter au dessus des flots.

Jonathan FireEater’s -Tremble Under Boom Lights

Jonathan Fire*Eater ‎– Tremble Under Boom Lights

Third Man Records fait oeuvre d’utilité publique en rééditant Tremble Under Boom Lights des feux Jonathan Fire*Eater. Sans ces derniers, Paul Banks (Interpol) serait resté seul avec ses boutons d’acné et les Yeah Yeah Yeahs ne seraient pas sortis de leur local de répétition. Vénérés (et pillés) par les Strokes, les Jonathan Fire*Eater furent le…