Miossec – Chansons Ordinaires

Miossec – Chansons Ordinaires
Guimauve - 03/10/2011

chronique : Miossec - Chansons Ordinaires

8ème album pour l’ami Miossec, une collection de chansons sur les choses insignifiantes de la vie qu’il sait si bien magnifier.

Miossec

A chaque nouvelle galette de Christophe Miossec, on nous ressort sa bio bretonnante, sa dualité Paris – Brest. Miossec fait de la chanson (tous les titres du nouvel album commencent par ce mot), de la chanson populaire au sens de Fréhel, loin de la nouvelle chanson française qu’il exècre. Il ne s’autoproclame pas poète, lui est un chansonnier depuis ses débuts quand il regardait la France qui n’a pas changé d’un iota. Ni chanteur engagé, ni chanteur pour midinette, porte drapeau de rien du tout ou peut être des fêlures que beaucoup partagent avec lui, il est devenu incontournable dans le paysage musical. Il revient donc avec un album rugueux qui rappelle ses débuts avec Printemps Noir, bourlingueur rescapé des 80′, années soit-disant sans intérêt pour la musique alors que la jeunesse en colère se bastonnait dans les salles en écoutant les Nus, Marquis de Sade, Les Olivensteins, ou autres Dogs. Le perfecto cuir (sans moustache) de la pochette n’est certes guère élimé, signe peut être d’un embourgeoisement ou plutôt d’un âge certain, d’une respectabilité assumée.

Ce nouveau disque se veut encore plus proche des gens, brut dans les paroles, brut dans la musique : « Tu commences à écrire des chansons sociales quand tu n’as pas de problèmes d’argent, ça prend des années… » Même si Jean Louis Murat clame que c’est « la mode, chez beaucoup de musiciens, de dire qu’ils enregistrent en « live » en studio ou qu’ils ont voulu faire des choses simples, naturelles, alors ils ont enregistré en quatre jours… », Miossec a voulu retrouver l’excitation des débuts, la sensation d’un groupe rock resserré (des membres de Montgomery et des musiciens de Dominique A), où l’on se branche, 1,2,3,4 et c’est partie. A l’écoute on sent cette énergie, de la rage, des mots balancés sur un coin de nappe. Mais si Christophe est loin d’être un saint, il sait raconter des histoires, on se reconnait dans ces mots à la fois littéraire et de tous les jours loin des jeux de mots vaseux à la Delerm ou du petit barnum bobo à la Benabar. 11 fois le mot chanson répété comme pour éructer son ras le bol de la chanson française comme on peut l’entendre de plus en plus partout. Cela pourrait passer pour de la suffisance si l’entreprise n’était pas une réussite. Le culot de commencer par une chanson que personne n’écoute, il ne cherche pas à être un poète : « tout a déjà été dit, mais ce n’est pas grave car personne n’écoute… » ; les guitares peuvent rugir et couvrir ce phrasé si particulier. Idem sur le single, Chanson pour les amis qu’il ne veut pas nostalgique, l’occasion de revoir des potes durant l’enterrement d’un copain avec un clip signé Gustave de Kervern.

Miossec – Chanson pour les amis (clip)

L’ordinaire peut être un fait-divers, la chronique d’une mort annoncée par l’anaphore ‘il y avait’ qui rétrécie le temps jusqu’à ce funeste mercredi et un suicide à peine effleuré. L’ordinaire c’est encore la Chanson d’un homme couvert de femmes peut être inspirée du héros de Truffaut qui aime les femmes mais surtout l’idée même de la femme et qui les voit inexorablement s’éloigner.

Miossec – Chansons Ordinaires (clip)

Miossec sait aussi être grave avec sa Chanson dramatique ou l’émouvante Chanson qui laisse des traces, énième variation sur une histoire d’amour qui se fane. La Chanson protestataire, « c’est fatigant pas nécessaire » se moque des évidences, peut être une réponse au patriote Raphael avec un aveu, « y’a pas qu’du bon chez les bretons ». La Chanson du bon vieux temps aurait pu s’appeler chanson libertaire, une valse vaguement anarchiste, « mais non de dieu, tout fout le camp »

Au final, un album qui s’oppose en tout point au précédent Finistérien, produit léché où Tiersen avait trop pris le dessus, ces Chansons ordinaires sont des chansons populaires, accrocheuses, aux sonorités rock que l’on a hâte d’écouter sur scène dans une configuration minimaliste retour aux sources.

Miossec sera en direct lundi 3 octobre à 19H55 dans l’émission « C à VOUS » sur France 5 où il chantera en acoustique « chanson pour un homme couvert de femmes ».

Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...
Commentaires

Un avis, un commentaire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


A lire dans “Chroniques d'albums

Eve Owen – Don’t Let The Ink Dry

Eve Owen – Don’t Let The Ink Dry

La jeunesse est un art écrivait Oscar Wilde. La jeunesse se chante et peut bouleverser avec quelques notes : la preuve avec le premier disque d’Eve Owen, une londonienne de 20 ans.

Liam Gallagher – MTV Unplugged

Liam Gallagher – MTV Unplugged

En 1996, Liam Gallagher plantait tout le monde. Une tournée américaine qui devait être triomphale pour Oasis n’eut pas eu lieu à cause d’une engueulade avec Mark Lanegan… et un MTV Unplugged qui s’annonçait aussi splendide que celui de Nirvana se solda par une prestation solo de Noel… Liam refusa de chanter et regarda son…

Brigid Mae Power – Head Above The Water

Brigid Mae Power – Head Above The Water

Originaire de Galway, Brigid Mae Power signe avec Head Above The Water son premier disque chez Fire Records (The Chills, Evan Dando, etc…). Successeur de trois albums, Head Above The Water s’impose comme une évidence et surtout dépasse le niveau des autres. Disque lumineux et élégant, il devrait accompagner notre été 2020. Et plus si…

Damien Jurado – What’s New, Tomboy ?

Damien Jurado – What’s New, Tomboy ?

Quinzième album pour Damien Jurado. Et comme d’habitude le même scénario : un disque superbe, des critiques dithyrambiques, des ventes quasi-nulles en France et donc aucun concert à Paris et en province. What’s New, Tomboy ? devrait donc réjouir les 45 fans français du Monsieur. Et comme d’habitude, on attend l’année qui suit pour avoir…

Tim Burgess – I Love The New Sky

Tim Burgess – I Love The New Sky

Qu’est-ce qu’il y a de plus anglais que Tim Burgess ? Liam Gallagher passe pour un touriste allemand à côté du maître des Charlatans. Le leader de ce groupe de Manchester est anglais, lettré et sympathique. Et en plus il sort des disques fortement sympathiques.

Patrón – Patrón

Patrón – Patrón

Loading Data est en sommeil, vive Patrón ! Le Français fait de nouveau alliance avec Alain Johannes et sa bande pour sortir un disque qui devrait rendre totalement priapique n’importe quel fan des Queens Of The Stone Age.

Duke Garwood + Paul May – The Bliss of Myth

Duke Garwood + Paul May – The Bliss of Myth

Proche de Mark Lanegan, collaborateur des sombres Archie Bronson Outfit et des Savages, Duke Garwood avait fait ces derniers temps le choix de se la jouer solo. Avec The Bliss of Myth, Garwood fait une entorse à son récent règlement et nous enchante avec le mystérieux Paul May le temps d’un disque, le bien nommé…

Hey Hey My My – British Hawaii

Hey Hey My My – British Hawaii

Avez-vous pensé au premier disque que vous allez écouter en bagnole, les fenêtres ouvertes, sur les routes de l’après, direction Merry Land pour piquer une tête in the lake un samedi soir en prenant son temps, « paisible, à la fraîche, décontracté du gland » ? Cela pourrait bien être British Hawaii d’Hey Hey My My.

BC Camplight – Shortly After Takeoff

BC Camplight – Shortly After Takeoff

Pour son cinquième album, Brian Christinzio aka BC Camplight a reçu la note maximale de 5/5 par le très chic The Guardian. Logique, cinquième album, cinq étoiles. Sauf que c’est tout sauf la logique qui anime Shortly After Takeoff, dernier volet de la trilogie commencée How To Die In The North et Deportation Blues…. On…

Danzig Sings Elvis

Danzig Sings Elvis

Qu’est-ce qui est plus ringard qu’un disque de reprises d’Elvis Presley par Danzig ? Un disque de reprises d’Elvis Presley par Danzig. L’ex-Misfits se fait étriller par la critique. Il faut dire que le contenant ne fait pas rêver. Par contre, le contenu vaut plus que le détour.

The Coral – Live At Skeleton Coast

The Coral – Live At Skeleton Coast

En attendant de reprendre les chamailleries habituelles du 1er mai, on peut écouter, confiné, l’album live des Coral qui vient de débarquer sans prévenir sur les Internet.

Black Bones – Ghosts & Voices

Black Bones – Ghosts & Voices

Qu’est-ce qui sent le champagne, qui a la couleur d’un chewing-gum à la fraise et qui est moulée dans un pantalon de cuir ? Une chanson de Black Bones ! Anthonin Ternant poursuit ses obsessions catho-crampsiennes et nous enchante avec Ghosts & Voices.

Brendan Benson – Dear Life

Brendan Benson – Dear Life

A quoi sert Sour Mash, le label de Noel Gallagher ? A sortir les disques ennuyeux de son groupe (les High Flying Birds) et à financer les chansons fascinantes de Shack. A quoi sert Third Man Records, le label de Jack White ? A sortir les disques ennuyeux de ses groupes (The Raconteurs & The…

Mark Lanegan – Straight Songs of Sorrow

Mark Lanegan – Straight Songs of Sorrow

Accompagnant la sortie de Sing Backwards and Weep, son autobiographie publiée chez White Rabbit, Straight Songs of Sorrow voit un Mark Lanegan évoquer son passé. Fascinant, ce cow-boy solitaire a traversé plus de trente ans avec des hauts (voire des sommets comme avec Bubblegum en 2004) et des bas. Agé aujourd’hui de 55 ans, l’ex-chanteur…

Mark Kozelek – All The Best, Isaac Hayes (A Spoken Word Album)

Mark Kozelek – All The Best, Isaac Hayes (A Spoken Word Album)

Il n’y a pas que Le SuperHomard qui est touché par l’hyperactivité. Mark Kozelek (Red House Painters, Sun Kil Moon) publie un live, un nouveau disque et s’apprête à revenir dans les librairies avec The Panther and the Honey Badger (A Correspondence) et Zhao Tao (A Correspondence) au début du mois de mai prochain.

RVG – Feral

RVG – Feral

Deux bonnes nouvelles en ce jeudi 23 avril 2020. Comme elles sont rares, on les savoure. La première est télévisuelle : l’idiot de C8 raccrocherait les gants définitivement à la fin de l’été 2020. La seconde est musicale : le rock australien est en pleine forme et RVG vient de remonter sur le ring pour…

Other Lives – For Their Love

Other Lives – For Their Love

C’est donc l’heure du grand disque, du succès pour Jesse Tabish et ses Other Lives ! Après deux albums qui avaient séduit les fans (pas trop allumés) de Radiohead et les amoureux de l’Amérique profonde, les Other Lives passent à la vitesse supérieure avec For Their Love.

Robert Forster – Calling From A Country Phone

Robert Forster – Calling From A Country Phone

Après avoir réédité Tales Told de Broudie (grand manitou des Lightning Seeds et sorcier du son des Shack et de The Coral), le label de Peter Paphides ressort des éditions remasterisées des deux premiers albums de Robert Forster.

Ron Sexsmith – Hermitage

Ron Sexsmith – Hermitage

On va encore se répéter : il faut absolument écouter Ron Sexsmith. Que l’on soit fan des mièvreries de Chris Martin ou que l’on adule les Strokes, il faut parfois se confronter à la vérité et accepter de se dire qu’on a pris la mauvaise route. Oubliez tout et écoutez ce canadien qui se croit…

The Warlocks – The Chain

The Warlocks – The Chain

En 2020, les Warlocks font toujours du Warlocks. Rien ne change à ce détail près que The Chain est sûrement le meilleur disque du groupe depuis… The Mirror Explodes paru en 2009.