Miossec – Chansons Ordinaires

8ème album pour l'ami Miossec, une collection de chansons sur les choses insignifiantes de la vie qu'il sait si bien magnifier.

Miossec

A chaque nouvelle galette de Christophe Miossec, on nous ressort sa bio bretonnante, sa dualité Paris – Brest. Miossec fait de la chanson (tous les titres du nouvel album commencent par ce mot), de la chanson populaire au sens de Fréhel, loin de la nouvelle chanson française qu’il exècre. Il ne s’autoproclame pas poète, lui est un chansonnier depuis ses débuts quand il regardait la France qui n’a pas changé d’un iota. Ni chanteur engagé, ni chanteur pour midinette, porte drapeau de rien du tout ou peut être des fêlures que beaucoup partagent avec lui, il est devenu incontournable dans le paysage musical. Il revient donc avec un album rugueux qui rappelle ses débuts avec Printemps Noir, bourlingueur rescapé des 80′, années soit-disant sans intérêt pour la musique alors que la jeunesse en colère se bastonnait dans les salles en écoutant les Nus, Marquis de Sade, Les Olivensteins, ou autres Dogs. Le perfecto cuir de la pochette n’est certes guère élimé, signe peut être d’un embourgeoisement ou plutôt d’un âge certain, d’une respectabilité assumée.

Ce nouveau disque se veut encore plus proche des gens, brut dans les paroles, brut dans la musique : « Tu commences à écrire des chansons sociales quand tu n’as pas de problèmes d’argent, ça prend des années… » Même si Jean Louis Murat clame que c’est « la mode, chez beaucoup de musiciens, de dire qu’ils enregistrent en « live » en studio ou qu’ils ont voulu faire des choses simples, naturelles, alors ils ont enregistré en quatre jours… », Miossec a voulu retrouver l’excitation des débuts, la sensation d’un groupe rock resserré (des membres de Montgomery et des musiciens de Dominique A), où l’on se branche, 1,2,3,4 et c’est partie. A l’écoute on sent cette énergie, de la rage, des mots balancés sur un coin de nappe. Mais si Christophe est loin d’être un saint, il sait raconter des histoires, on se reconnait dans ces mots à la fois littéraire et de tous les jours loin des jeux de mots vaseux à la Delerm ou du petit barnum bobo à la Benabar. 11 fois le mot chanson répété comme pour éructer son ras le bol de la chanson française comme on peut l’entendre de plus en plus partout. Cela pourrait passer pour de la suffisance si l’entreprise n’était pas une réussite. Le culot de commencer par une chanson que personne n’écoute, il ne cherche pas à être un poète : « tout a déjà été dit, mais ce n’est pas grave car personne n’écoute… » ; les guitares peuvent rugir et couvrir ce phrasé si particulier. Idem sur le single, Chanson pour les amis qu’il ne veut pas nostalgique, l’occasion de revoir des potes durant l’enterrement d’un copain avec un clip signé Gustave de Kervern.

Discographie

Miossec – Chanson pour les amis

L’ordinaire peut être un fait-divers, la chronique d’une mort annoncée par l’anaphore ‘il y avait’ qui rétrécie le temps jusqu’à ce funeste mercredi et un suicide à peine effleuré. L’ordinaire c’est encore la Chanson d’un homme couvert de femmes peut être inspirée du héros de Truffaut qui aime les femmes mais surtout l’idée même de la femme et qui les voit inexorablement s’éloigner.

Miossec – Chansons Ordinaires

Miossec sait aussi être grave avec sa Chanson dramatique ou l’émouvante Chanson qui laisse des traces, énième variation sur une histoire d’amour qui se fane. La Chanson protestataire, « c’est fatigant pas nécessaire » se moque des évidences, peut être une réponse au patriote Raphael avec un aveu, « y’a pas qu’du bon chez les bretons ». La Chanson du bon vieux temps aurait pu s’appeler chanson libertaire, une valse vaguement anarchiste, « mais non de dieu, tout fout le camp »

Au final, un album qui s’oppose en tout point au précédent Finistérien, produit léché où Tiersen avait trop pris le dessus, ces Chansons ordinaires sont des chansons populaires, accrocheuses, aux sonorités rock que l’on a hâte d’écouter sur scène dans une configuration minimaliste retour aux sources.

Miossec – Chansons Ordinaires

Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...

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