Diane enchanteresse. Il y a tout juste 10 ans, on découvrait émerveillé une jeune californienne de 23 ans au visage de porcelaine et à la voix d’airain.

Alela Diane, un nom qui invitait au voyage intérieur. Native de Nevada City, micro bourgade du Nord-Est du Golden State, elle était davantage fille des lacs, des rivières, des forêts que d’Hollywood boulevard.

Quand elle débarque en France avec son père, ce fut comme une apparition. Elle était au milieu de la scène, seule avec sa guitare acoustique, ou du moins on ne distinguait personne d’autre dans l’éblouissement qu’envoyaient ses yeux et son timbre. Jamais on n’avait vu « cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. » Flaubert avait-il en son temps rencontré son Alela Diane ? Nous étions en tout cas instantanément conquis.

2014_06_14_alela_diane
2014_06_14_alela_diane
2014_06_14_alela_diane
2014_06_14_alela_diane
2014_06_14_alela_diane
2014_06_14_alela_diane
2014_06_14_alela_diane

Et depuis, Alela nous enchante, elle fait partie de notre vie comme la France un peu de la sienne. Ses disques sont des moments de grâce intemporels comme ce nouveau Cusp où l’émotion est présente comme la première fois. On frissonne quand sa voix se pose sur ce simple piano pour cet Albatross augural qui déploie ses ailes de géant avec cordes et cuivres. On est envouté par la flûte du pastoral Threshold où « certaines choses ne peuvent être expliquées même quand on est de l’autre côté. » On est bouleversé par la mélodie limpide d’Emigré où elle chante l’humanité. « Can we go, as they go ? Across the borderlines » susurre-t-elle de sa voix de miel évoquant la destinée tragique du jeune Aylan Kurdi mort sur une plage de Turquie à l’âge de sa fille. Elégiaque sur la sublime song for Sandy, elle s’offre un ‘tube’ sensible avec Ether & Wood pour se souvenir d’où l’on vient. Alors sans doute « Times moves us blind » et l’on peut s’épuiser à vivre, à être sur scène (so tired) mais « Times couldn’t move any faster » chante-t-elle la voix luminescente sur la magnifique et finale Wild ceaseless song.

Discographie

Alela Diane – Ether & Wood

Cusp est un album humaniste où Alela Diane évoque la douleur, les craintes, les espérances d’une jeune maman, le regard attentif et parfois inquiet sur le temps qui passe. « L’humanité est une entreprise surhumaine. » écrivait Giraudoux, pas sûr avec Alela.

Alela Diane sera en concert le samedi 28 avril aux Subsistances à Lyon dans le cadre du deuxième festival du Petit Bulletin avec Rain Dog Productions.

Alela Diane - Cusp

Alela Diane - Cusp

Tracklist : Alela Diane - Cusp
  1. Albatross
  2. The Threshold
  3. Moves us Blind
  4. Emigre
  5. Never Easy
  6. Song For Sandy
  7. Buoyant
  8. Ether & Wood
  9. Yellow Gold
  10. So Tired
  11. Wild Ceaseless Song

Alela Diane – Cusp
10/10
Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...
Vous avez aimé ? Partagez !

Cela pourrait vous intéresser

Alela Diane

Oulala Alela !

Alela Diane était en tournée en 2018 avec Heather Woods Broderick et Mirabai Peart, Live At The Map Room en est le polaroid en saisissant ces instants fugaces « en live, comme en concert, canalisant l’énergie de tous les endroits où nous étions allées. »
Alela Diane © Fabrice Buffart

Oh la la Alela !

Alors qu’Alela Diane parcourt la France pour jouer son dernier somptueux album, Cusp, avec en autres un concert sous la magnifique verrière des Subsistances à Lyon le samedi 28 avril avec la non moins divine Lior Shoov dans le cadre du deuxième festival du Petit Bulletin, elle évoque pour SK* sa nouvelle vie entre famille […]
Alela Diane - Moves Us Blind

Vidéo : Alela Diane – Moves Us Blind

ah la la, Alela… Quel disque, quelle voix, quelle sensibilité ! Après le sublime Émigré extrait du non moins sublime Cusp, notre Diane enchanteresse semble avoir atteint une forme de plénitude, sa voix n’a jamais été aussi lumineuse et pénétrante notamment sur ce Move us blinds qui en met plein la vue.

Plus dans Chroniques d'albums

Blondino

Blondino – Un paradis pour moi

Blondino fait partie de ces artistes pour lesquels la définition serait à chaque fois imparfaite, trop vague, une suggestion. Ou alors une tentative. Avec juste quelques balises, posées, lancées plutôt, vers de vagues extrémités, histoire d’en conserver l’ampleur. Vestale évanescente au milieu des villes mélancoliques, de territoires sauvages, fauves même… Et puis des ombres, des […]
Limiñanas / Garnier - De Pelicula

The Limiñanas / Laurent Garnier – De Película

Qu’est-ce qui ressemble à un disque des Jesus and Mary Chain ? Un disque des Jesus and Mary Chain. Qu’est-ce qui ressemble à un disque des The Limiñanas ? Un disque des The Limiñanas Avec De Película, les The Limiñanas signent un pacte avec Laurent Garnier et quitte les rivières pourpres de Shadow People pour […]
H- Burns -Burns The Wire

H-Burns – Burns on the Wire

H-Burns décide de prendre tous les risques et quitte l’Amérique de Jason Molina et de Rob Schnapf pour le Canada du Perdant Magnifique.
Tar - Tar Box

Tar – Tar Box

En 1991, Nirvana décrochait le jackpot avec Nevermind, leur deuxième album. En 1991, Tar ne décrochait pas le jackpot avec Jackson, leur deuxième album. Passée à l’époque sous les radars de la presse européenne, la musique de Tar revient sur le devant de la scène avec un élégant coffret.