Dans les années 90, Swell était un groupe qui se regardait avant de s’écouter. Surtout pour les adolescents provinciaux des années 90 ! On lisait deci delà des éloges de l’aède de San Francisco mais on ne l’entendait pas. Les radios françaises ignoraient superbement Swell (sauf Bernard Lenoir) et on attendait que le type de la médiathèque achète ce disque. Et comme il ne l’achetait pas…
A la médiathèque de Vesoul ou de Tours, les jeunes empruntaient les disques de Radiohead, Spiritualized ou le Either/Or de Smith.
On pourrait donc peut-être imputer le manque de succès de ce groupe californien aux médiathèques françaises.


De toute manière, David Freel était très peu intéressé par le succès. L’Histoire va se charger d’exaucer son souhait au delà de ses espérances.

Swell – Megamix

En 1994, le trio de San Francisco a publié le disque 41 et voit les ventes frémir et les bonnes chroniques déborder de la casserole. Même Le Monde se fend d’un compliment: « Swell distille un brouillard cafardeux sur San Francisco. La ville natale de ce trio n’a rien pour lui de pittoresque. Il a enregistré 41 — son troisième album — au 41 Turk Street, dans Tenderloin District, un quartier désolé, terrain de toutes les déchéances. Secs, monotones, des accords de guitares résonnent tels des pas dans une rue déserte et se distordent parfois en bouffées d’angoisse, la batterie se délite comme les blocs de pierre d’une façade décrépie. David Freel pose une voix neutre sur ses chansons grises. » (Stéphane Davet, Le Monde, 2 juin 1994)

Au mercato 1995 des artistes, Freel et sa bande décrochent la timbale. Voilà nos trois loustics signés chez American Recordings, le label de Rick Rubin. La voie est tracée pour le succès surtout que Swell constitue une bonne alternative pour le rock indé US. Perdu. L’enregistrement s’éternise, Rick Rubin éjecte Swell de son écurie en gardant les bandes du disque.
Too Many Days Without Thinking paraît donc en 1997. Le succès critique est , le succès commercial un peu moins.

Rentrer dans le monde mélodique de David Freel, c’est ne pas le quitter. Sean Bouchard, le boss du label Talitres, est resté prisonnier de ce smog californien. En signant Swell sur son label, Bouchard a mis la main sur des inédits de la période dite classique du groupe. En 2008, Talitres publia The Lost Album, le faux frère de Too Many Days Without Thinking. Toutes les étrennes de Noël 1996 ont été dépensées pour s’acheter OK Computer ou Be Here Now. Quant à ceux qui n’ont pas dépensé leur argent, ils attendent patiemment des nouvelles de Billy Corgan.

Sans Rick Rubin et les affres du capitalisme, ce disque aurait sûrement eu 20 ans cette année.
Pour cette occasion, nous avons discuté (rapidement) avec les trois Swell de cette époque: David Freel, Monte Vallier et Sean Kirpatrick. En 1997, Swell publie un de ses chefs d’œuvre mais c’est un groupe lessivé qui se présente aux journalistes. Le groupe a perdu son batteur et son bassiste ressemble à un hippie puisqu’il avait jurer qu’il ne se couperait les cheveux qu’une fois Too Many Days Without Thinking publié.
En 2016, Monte Vallier enregistre des groupes dans son studio Ruminator Audio (The Soft Moon, Weekend et Tommy Guerrero), Sean Kirpatrick fait toujours des tableaux et David Freel de la musique sous le nom Be My Weapon.

David Freel

Quels sont tes meilleurs souvenirs liés à l’enregistrement de Too Many Days Without Thinking ?

David Freel : J’aime écrire des chansons. Le meilleur souvenir est peut-être le moment où j’ai écrit Sunshine Everyday et What I always Wanted lors d’un break pendant la tournée qui a suivi 41. On avait une semaine de pause après avoir joué 79 concerts en 83 jours ou un truc du genre. Un de mes amis m’a prêté son appartement. Il y avait une Les Paul et un PortaStudio (un enregistreur cassette de 4 pistes), j’ai grattouillé et j’ai trouvé la mélodie et les accords de ces deux chansons.
J’ai particulièrement aimé joué Sunshine Everyday.
J’aime spécialement jouer Sunshine Everyday car elle module tout du long grâce à un motif répétitif. Et en plus d’être mathématiquement parfaite et d’avoir une tonalité intéressante, il y a un cycle visuel. J’en suis très satisfait.
Je suis sûr qu’il existe un enchaînement d’accords parfait. D’ailleurs je l’ai découvert cette semaine et je l’ai joué à l’infini.
J’aime bien aussi What I Always Wanted qui est beaucoup plus simple musicalement que Sunshine Everyday. J’en suis aussi très content.

Swell – Sunshine Everyday

Et le pire ?

David Freel : C’est difficile à dire.
Je pense que le pire souvenir reste lié à notre label, American Recordings, qui a refusé de sortir ce disque. Ce fut une très grande déception. Beggars Banquet, notre précédent label, nous a sauvé en le publiant.

Tu peux m’expliquer le choix de la pochette ?

David Freel : Non, il faut demander à Sean.

Comment avez vous rencontré Frank Black ? Comment vous a-t-il aidé ? Et quel fut le rôle d’Eric Serafin ?

David Freel : Frank Black (Charles) était sur le même label que nous (American Recordings). Marc Geiger, un des responsables du label, a organisé une rencontre car il savait que les choses allaient mal et que nous cherchions une solution quant à la production et à nos chansons. Charles est venu pour un après-midi, a écouté ce que nous faisions et a offert quelques bons conseils.

Quelle est l’histoire de Fuck Even Flow ?

David Freel : Beaucoup de réécritures. Et pour une raison que j’ignore, une réécriture qui a inclus des paroles volées et diffamées.

Quand as-tu écouté Too Many Days Without Thinking pour la dernière fois ?

David Freel : Il y a 12 mois.

Pourrais-tu définir ce disque en un seul mot ?

David Freel: Non. J’utiliserai deux mots : une préoccupation insouciante.

Kurt Ralske fut le sauveur de cet enregistrement. Comment l’avez vous rencontré ?

David Freel : Encore grâce à Marc Geiger. C’était son boulot au sein de la maison de disques.
Kurt a été d’une aide inestimable mais je pense que New York a été la vraie médecine pour ce disque.

Los Angeles… San Francisco… New York… Ce n’est pas Too Many Days Without Thinking mais Too Many Days With Travelling. Vous êtes sensible à la géographie ?

David Freel : Tous les groupes sont sensibles à la géographie car la musique est géographique. La création musicale dépend de deux choses : ton humeur et ton décor.
Maintenant que j’y réfléchis je réalise que la création de ce disque a commencé et s’est terminée à New York.

Monte Vallier

Quel est ton meilleur souvenir lié à l’enregistrement de Too Many Days Without Thinking ? Et le pire ?

Monte Vallier : Mon meilleur souvenir n’a pas de lien réel avec l’enregistrement actuel. Nous avons déménagé à Los Angeles et installé notre studio dans une ancienne usine textile. Deux étages, deux ou trois mille mètres carré… C’était à coté du bar punk Al’s Bar. J’y ai vu pas mal de groupes et j’y ai rencontré plein de gens intéressants. Avec David, nous avons divisé la journée de travail. Il faut dire que nous aimons tous deux travailler seuls. Il prenait le studio la journée et moi la nuit.
C’est pour cela que j’ai toujours trouvé un truc à faire dans Los Angeles. Je suis allé partout et j’ai tout vu. Il me reste encore beaucoup de bons amis que je me suis fait lors de cette année. Puis il y a la période dans le studio de Kurt à New York. Ce fut fantastique. Nous avons vécu dans le studio pendant 4 ou 5 mois lors de l’hiver le plus rigoureux de l’enregistrement.

J’ai alors passé mes journées à bouger autour de New York et voir plein de chose. C’était une période de travail difficile mais j’ai aimé être éloigné de San Francisco pendant ces moments.

Le pire souvenir a été cette lutte pour essayer de réinventer le groupe. C’était très difficile de créer cette énergie dont nous avions besoin pour progresser. Ce combat a été trop dur pour Sean qui a quitté le groupe au milieu de l’enregistrement. Cela a changé de facto la dynamique de l’enregistrement.

David m’a dit de voir avec toi quant à la présence de Frank Black et d’Eric Serafin lors des débuts de l’enregistrement… Tu peux m’en dire un peu plus ?

Monte Vallier: Je suis d’accord avec David. Notre manager, Marc Geiger, pensait que Black Francis, enfin Charles, serait capable de nous aider à réaliser ce que étions incapables de faire. Il est venu au studio, nous a joué une chanson et nous a dit « Ça sonne comme du Swell » et il est parti.

Eric Serafin est venu mixer une chanson et surtout pour nous montrer que nos titres étaient « mixables ». C’était une expérience. Surtout nous n’étions pas très sûrs de vouloir rejoindre sa signature sonore qui était très mainstream.
Two Dimes in the Sun est le morceau qu’il a mixé et que tu peux trouver sur la compilation Bastards and Rarities.

Swell - Bastards & Rarities 1989-1994

Tu pourrais définir ce disque en un mot ? Ou deux ?

Monte Vallier : Une satisfaction réticente.

Quelle est ta chanson préférée sur ce disque ?

Monte Vallier : Je pense que c’est What I’ve Always Wanted car c’est la chanson qui nous représente le mieux. Je pense que je jouerais cette chanson à quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de Swell.

Le son de ta basse est fantastique sur ce disque. Elle est présente sans être présente. C’est très étrange. Elle a un rôle fondamental dans le son de Swell. Qu’en penses-tu ? Tu as trouvé ce son de quelle manière ?

Monte Vallier : Merci pour ton écoute.
Mon but en tant que bassiste de Swell était d’être discret, mélodique, rythmique et inattendu. Le ressenti des choses est tout aussi important que la virtuosité. Parfois, une chanson ne nécessite que deux notes. J’enregistrais sur une seule piste et j’utilisais un bottleneck. C’est pour cela que ma basse sonne comme une guitare. J’utilisais un compresseur et un peu de distorsion. Ce son rond et chaud est aussi dû au fait que j’utilisais une 1968 Fender Precision.

Tu te rappelles de la Black Session que vous avez faite pour l’occasion ? Elle a marqué pas mal d’auditeurs…

Monte Vallier : Je me rappelle de toutes les Black Sessions que nous avons faites. Celle que tu m’as fait écouter est celle que nous avons faite pour l’album All The Beautiful People en 1998. Je me rappelle aussi que nous avons toujours donné de sacrés bons concerts en France.

Et ton meilleur souvenir lors du Too Many Days Without Thinking tour ?

Monte Vallier : Mon meilleur souvenir et mon pire souvenir datent du même soir lors du dernier concert de la tournée à Aarhus au Danemark. Le jour de mon anniversaire.

Sean Kirpatrick

Quel est ton meilleur souvenir lié à l’enregistrement de Too Many Days Without Thinking ? Le pire ?

Sean Kirpatrick : Mon meilleur souvenir est quand nous étions dans un nouveau stade à San Francisco et que nous avons bougé à Los Angeles.
Le pire ? Quand nous étions à Los Angeles. Je ne suis pas un fan de cette ville. Au début, j’étais très excité par cette nouvelle et puis… Disons que L.A reste L.A. Et je sentais que ma place n’était plus dans Swell.

Qui est Bridgette de Bridgette, you love me ?

Sean Kirpatrick : Il faut demander à David, je ne suis pas sûr de la réponse.

Pourrais-tu définir ce disque en un seul mot ?

Sean Kirpatrick : Bien intentionné.

Quelle est ta chanson préférée de Too Many Days Without Thinking ?

Sean Kirpatrick : What I Always Wanted. C’est une de mes préférées parmi toutes nos chansons. At Lennies est aussi une de mes préférées. Comme Everyday Sunshine.

Tu écris sur ton site internet que tout a une énergie qui s’ignore et que tu espères que ton art reflète cette réalité. Tu ne trouves pas que c’est une bonne définition pour l’enregistrement de ce disque ? Cela a été très compliqué. Mais vous avez réussi !

Sean Kirpatrick : Tout à fait. On peut tout à fait dire ça à propos de ce disque. Cela fait très longtemps et j’ai oublié beaucoup de détails. Ce fut difficile. Nous avons essayé de faire quelque chose qui diffère de nos trois premiers disques.

Tu es l’auteur de la pochette de ce disque. Quel sens faut-il lui donner ?

Sean Kirpatrick : Elle reflète ma solitude lorsque j’étais à Los Angeles. Un endroit sans visage.
Elle représente aussi cette période où nous enregistrions sans vraiment communiquer. Cette pochette représente vraiment mes états d’âme.

Et le verso ?

Sean Kirpatrick : C’est la même chose. C’est une ville, cela pourrait être n’importe quelle vile. Nous étions dans une ville qui n’était pas notre ville.

Tu te rappelles du nom du producteur du clip d’I know the trip ?

Sean Kirpatrick : Non.

Swell – (I Know) The Trip

Et quel est ton meilleur souvenir de la tournée ?

Sean Kirpatrick : Je ne l’ai pas faite. J’avais quitté Swell à ce moment là.

Et comment avez-vous rencontré Sean Bouchard de Talitres qui a publié The Lost

Sean Kirpatrick : Aucune idée. C’est une question pour David ça.

Sur les albums Too Many Days Without Thinking et The Lost Album ton son est fantastique ! Comment l’as-tu trouvé ?

Sean Kirpatrick : Mais c’est quoi ce Lost Album?? Je peux l’écouter quelque part ? Il s’agit d’inédits que David a publiés ?

Swell - The Lost Album

Sean Kirpatrick : Oh Easy et Bongstar ! Ces titres sont géniaux ! Il y a beaucoup de faces B sur ce disque. Mais c’est du bon boulot… Ah les souvenirs. Si nous enregistrions de nouveau des chansons à trois, les choses fonctionneraient de suite.

Et comment participais-tu à l’écriture des morceaux ?

Sean Kearpatrick : J’écrivais mes parties de batterie, on les enregistrait et David arrangeait le tout après. Et puis j’ai quitté le groupe. Avec David, nous n’avions pas la même vision de la musique. Nos voies se sont donc séparées.

Too Many Days Without Thinking de Swell a été publié en 1997 via le label Beggars Banquet.
The Lost Album de Swell a été publié en 2008 via le label Talitres.

Thx to Karl !

Swell - Too Many Days Without Thinking

Swell - Too Many Days Without Thinking

Tracklist : Swell - To Many Days Without Thinking
  1. Throw The Wine
  2. What I Always Wanted
  3. Make Mine You
  4. Fuck Even Flow
  5. At Lennies
  6. When You Come Over
  7. (I Know) The Trip
  8. Going Up (To Portland)?
  9. Bridgette
  10. You Love Me
  11. Sunshine Everyday

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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3 réponses sur « La vie sans Swell »

Merci d’avoir rappeler Swell à notre bon souvenir…
Je ne les avais pas écouté depuis trop longtemps !

Freel reste très productif avec outre les deux albums de « Be My Weapon » (le dernier est de 2013), un (swell?) sur Talitres, plus le lost album, un autre album sous l’alias « Wendell Davis », un EP sous le nom « Triple Deat Heat », et des split entre Be My Weapon et… Wendell Davis. C’est donc un peu dommage de prendre un angle aussi posthume alors que cette musique est encore bel et bien vivante pour peu qu’on aide un tout petit peu David Freel à la faire exister. L’apport des autres membres n’est pas à minorer dans le son et la dynamique du groupe, mais Freel reste tout de même l’auteur-compositeur principal. On trouve toute sa production sur Bandcamp faute de distribution française actuelle sur psychospecificmusic donc la vie AVEC Swell, c’est encore possible…

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