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Cocoon – Where The Oceans End

Where The Oceans End est dans les bacs depuis hier, c’est le deuxième album très attendu du duo désormais parisien Cocoon après le carton surprise et platiné de My all friends died in a plane crash en 2008.


Cocoon aujourd’hui tout le monde connait, des amateurs de musique en passant par les fans d’émission de décoration, par les aficionados de produits lactés ou encore de film pour midinettes. Difficile exercice alors que celui du second album après un tel succès surtout dans un pays qui aime ranger les artistes dans des cases, ici la panda folk pop acid’ulée. Le public s’est féminisée, tombant souvent en pamoison devant saint Mark Daumail et la fée Morgane qui ont cultivé un temps cette proximité bisounours avec leur public. Ne se voyant peut être pas jouer Chupee en attendant la retraite à 67 ans, on pensait que Cocoon prendrait à rebrousse poil (de Panda) son auditoire en ayant quitté le terroir des volcans pour l’effervescence de la ville lumière. Quand il y a un mois est sorti le premier single Comets et son clip gnangnan lorgnant du côté de Spike Jonze et de ses Maximonstres ou de Lost sans Evangeline, avec le Ukulélé aisément reconnaissable en bandoulière, on s’est dit que le changement était dans la continuité. Les animaux marins en fil rouge du disque, que l’on croyait être une boutade lors des concerts étaient bien présents sous la forme d’une baleine ectoplasmique avec un album narrant les aventures de deux jeunes gens qui rencontrent Yum Yum, cachalot avaleur de cauchemars et d’angoisses et qui les recrachent avec béatitude et extase. Les deux héros voyageront d’iles en iles sur tous les océans et cette quête initiatique les fera grandir… Where the oceans end semble donc être loin de la révolution espérée ou peut être au sens astronomique du terme. Et pourtant, le soleil brille sur ce second disque, on a abandonné les bois et les montagnes pour un océan (une tendance lourde avec le dernier Syd Matters et son magnifique BrotherOcean) qui n’est pas mer d’huile.

Cocoon – Comets

Avec Sushi on est en terrain de connaissance puisque ce titre fait parti de ceux avec Comets, Cathedral et Baby Seal qui étaient régulièrement sur la set list des concerts de la tournée l’année dernière. Autant Comets fait long feu et déçoit par des arrangements trop prévisibles et accrocheurs autant ici ils se font délicats avec des cordes douces et mélancoliques qui vous enveloppent comme le brouillard où se perdirent les caravelles de Colomb prodiguant une certaine gravité au morceau, « Oh the worst days are just buried into the snow ». Dès le troisième titre Dee Doo, on est surpris pour la première fois, le côté pop prend vraiment le dessus, Morgane tient le lead pour la première fois excepté sur scène avec Ghostbuster, c’est énergique, le clavier se fait entêtant, le chorus de trompette final clôt le titre de façon joyeuse et mutine, Cocoon tient sans doute là son prochain single.

Yum yum est plus classique dans sa structure, les voix s’emmêlent jusqu’au final et l’arrivée soyeuse des cordes omniprésentes sur l’album. On poursuit notre voyage marin avec les arpèges sautillants de Mother qui comme souvent chez Cocoon contrebalancent la gravité des paroles. Mais le sommet de l’album est caché en son coeur avec ce Oh my god mille feuille musical, un morceau ‘colossal’ qui vous envahit avec un rythme nonchalant frôlant le hip hop et son crescendo final de cordes sombres, lancinantes mais grisantes. On refait surface avec un Super Powers lumineux et plein d’oxygène, on observe les nuages ciller « From the dawn to the setting sun » le coeur léger, chacun voit ce qu’il veut dans ces volutes polymorphes.

Cathedral est le deuxième grand moment de cet album. Bien sûr on connait la chanson comme dirait Resnais puisque jouée depuis longtemps en concert mais c’est une redécouverte : point de fioritures et d’arrangements surchargés, juste une guitare épurée, avec deux voix sur la corde raide, c’est joyeusement triste, lumineusement sombre avec une mélodie dépouillée qui reste dans un coin de votre cortex auditif. Sea Lion (I will be gone) enchaîne par la plainte d’un violoncelle, voix quasi humaine à laquelle Mark Daumail répond par un triple « I will be gone », une scansion qui va et vient comme la marée et qui nous apporte sur la grève la douceur de Dolphins qui rappelle franchement le premier album, un soupçon de guimbarde étouffée sur le pont pour faire deviner les dauphins nageant majestueusement dans l’eau claire.

Quand Baby Seal commence on est en terrain connu là encore, l’ile de la carte magique n’a jamais été aussi proche de l’Illinois de Sufjan Stevens, la scie musicale nous entraine avec délicatesse vers les abysses comme la sirène séduit le marin. Enfin, In my boat écrite et chantée par Morgane Imbeaud clos le conte, pardon l’album en toute simplicité, l’orchestration se déploie progressivement, cordes, flute, piano, hautbois, une féérie à la Dany Elfman, Yum Yum n’a pas de mains d’argent mais le chant thaumaturgique de cette baleine apaise. Cocoon comme Achab poursuit sa Moby Dick qui est bien plus qu’un cétacé, un mirage qui fait grandir, le passage à l’âge adulte, peut être le fameux écueil du second album.

Cocoon – Festival Fnac Indétendances 2009

My all Friends died in a plane crash était sorti le 22 octobre 2007, Where the oceans end sort le 25 octobre 2010 soit 3 ans après, 3 ans de rencontres, de reprises saugrenues, de tournées, de concerts marathons dans le monde entier y compris les mythiques USA… Et au final la montagne des pandas a accouché d’une baleine, mais surtout d’un disque abouti et classieux, magnifié par la réalisation de Ian Caple et du travail sur les cordes de Dickon Hinchliffe des Tindersticks. Toutes les chansons sont des iles mystérieuses à la Jules Verne cernées par cet océan légendaire, on s’attend à rencontrer un calamar géant mais c’est Morgane et Mark qui nous serrent dans leurs tentacules dans ce conte initiatique, cette histoire sans fin. Alors on pourrait reprocher à Cocoon de surfer sur le succès du premier album, de ne pas bousculer l’image doudou chupee du groupe, de produire un album trop joyeux mais c’est tellement agréable dans les frimas de l’automne de voyager en terres pas tout à fait inconnues avec des mélodies moins facilement aguicheuses…

On a hâte de voir nos deux moussaillons sur scène avec drisses, filets et bateaux sur scène accompagnés d’un trio à cordes dont le violoncelliste d’Emilie Loizeau le 13 décembre au Casino de Paris et en tournée dans toute la France dès Novembre.

Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...
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