chronique : Daytona – La parenthèse
Daytona, sur la piste à tombeau ouvert touche la corde sensible avec une pop orageuse.

Daytona

Les membres de Daytona ont connu bien des parenthèses. Le groupe lyonnais, né à la fin des années 90 sur les cendres de Surfer Rosa était pourtant promis à un avenir radieux avec deux albums et des premières parties pour Luke ou Dolly dont ils espèraient sucer la roue et profiter de leur aspiration (inspiration ?).

Après quatre années de réflexion, privé de leur batteur accidenté en moto et remis du départ de deux de leurs acolytes, Jean-Luc Derobert et Sylvain Gallo sont à nouveau dans la course avec un nouvel album qui signe la pôle position. Et comme une course ne se gagne jamais sans une équipe, ils se sont entourés de précieux co-pilotes pour éviter de sur ou sous virer. Une touchette par ci avec David Fanfare d’Apple Jelly, Simon Nodet de Rhesus, les ex Dolly Nikko et Emmanuelle ou encore par là avec l’ancienne moitié des Valentins, Edith Fambuena ou la suédoise Annika Grill de Spring. L’album sort facilement du peloton des groupes français qui ahanent un anglais approximatif en se demandant ou est Brian pour masquer l’indigence des textes. Daytona soigne ses paroles sans se viander, tantôt rugueuses et désabusées (Fermons les yeux, Ces images, Le jour d’après) ou ironiques et mordantes (Je suis modern, A faire). L’influence des Pixies est toujours là, les riffs de guitares sont soignés, une tension électrique et ecclectique parcoure le disque, la voix peut tour à tour être rêche et sensuelle.

Un morceau ‘daytone’ et étonne, ce 17 septembre qui reprend l’indispensable discours de Robert Badinter demandant à l’assemblée nationale au nom du gouvernement de la République, l’abolition de la peine de mort en France. Discours capital sur la peine capitale, Il rappelle ce qu’est le courage en politique pendant que certains, ces derniers jours, sont partisans de la double peine submergés de noirs désirs. Ce texte, samplé et scandé sur des guitares rageuses fait frissonner et encore aujourd’hui réfléchir à ce noble combat : « Ceux qui veulent une justice qui tue, ceux-là sont animés par une double conviction : qu’il existe des hommes totalement coupables, c’est-à-dire des hommes totalement responsables de leurs actes, et qu’il peut y avoir une justice sûre de son infaillibilité au point de dire que celui-là peut vivre et que celui-là doit mourir. A cet âge de ma vie, l’une et l’autre affirmations me paraissent également erronées. Aussi terribles, aussi odieux que soient leurs actes, il n’est point d’hommes en cette terre dont la culpabilité soit totale et dont il faille pour toujours désespérer totalement. Aussi prudente que soit la justice, aussi mesurés et angoissés que soient les femmes et les hommes qui jugent, rien ne peut changer que cette justice soit humaine et par conséquent faillible. »

Daytona de nouveau dans le circuit a des convictions, pas comme ces radios qui remplissent leur quota de chansons en français en diffusant du Zaz jusqu’à la nausée, cette Parenthèse ouverte doit être enchantée et devrait permettre au groupe de tourner partout en France avec des titres taillés pour la scène.