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L’accord parfait de Lucie et Mick

En 1993, Autour de Lucie fit une échappée belle à Liverpool. Le plus beau groupe français des années 90 rencontra Mick Head, l’une des plus belles plumes anglaises de cette fin de siècle, le temps de l’enregistrement d’un morceau. Retour sur cette alliance musicale avec trois de ses principaux protagonistes : Valérie Leulliot, Olivier Durand et Steve Powell.


Il y a 24 ans, Autour de Lucie et Shack étaient deux groupes aux trajectoires diamétralement opposées. Les Anglais de Shack sont temporairement dans une impasse. En effet, le studio dans lequel était entreposé les bandes du prochain disque du groupe a brûlé. Le groupe rentre donc dans une période d’hibernation et ne ressurgira que quelques années plus tard sous la forme des Strands. De l’autre coté de la Manche, c’est tout le contraire. Autour de Lucie s’apprête à publier son premier album qui va ravir la presse, le public et les amoureux des belles choses. Ces deux groupes se rencontrèrent le temps d’un week-end pour la production d’un morceau d’Autour de Lucie : Island.

Autour de Lucie – Island

Valérie Leulliot

Valérie Leulliot est Autour de Lucie.

Comment Autour de Lucie s’est retrouvé en studio avec les frères Head ?

Valérie Leuillot : Fred Monvoisin (du label Village Vert, notre label) a été approché par Stéphan Bismuth qui était en contact avec les frères Head… Je crois qu’en discutant, la possibilité d’une rencontre entre Autour et les frères Head est apparue. Olo (Olivier Durand) et moi étions fous de leur travail… On a fait un voyage à Liverpool pour les rencontrer et tenter de faire un titre ensemble.

Tu te rappelles de la première rencontre entre Autour de Lucie et Shack ?

Valérie Leuillot : Ça remonte 1993, donc 24 ans… Précisément non mais je me souviens du fait que chaque rencontre était surréaliste, j’avais du mal à comprendre leur accent qui se rapproche de l’accent écossais, plus la timidité des deux côtés… Autant vous dire que c’était pas la foire d’empoigne au niveau discussion… Mais grâce à notre entourage, ça s’est fait petit à petit…

Connaissais-tu la musique de Mick Head avant de le rencontrer ? Tu es une fan des Pale Fountains ?

Valérie Leuillot : Je suis fan des Pale Fountains depuis la sortie de leur premier titre, entendu à la radio ( et oui! ), j’ai même enregistré sur une cassette le titre en question, Something on my Mind. J’ai été touchée par la grâce de leur univers, un mélange de pop, de cuivres, de lyrisme décomplexé… la richesse des arrangements…tout me plaisait, la pochette… les influences caraïbes aussi avec le steel drum.

Comment s’est déroulée votre collaboration ?

Valérie Leuillot : Nous sommes partis à Liverpool avec Olivier Durand, Fred Monvoisin, Stéphan Bismuth et nous avons bossé une journée ou deux dans un studio à Liverpool. Tout s’est passé très rapidement, Mick a proposé ce traditionnel Irlandais Island qu’il a voulu essayer avec ma voix. Olivier a cherché des guitares, John le frère de Mick a joué l’acoustique et voilà, c’était fait… Magique… Je n’étais pas vraiment étonnée parce que je savais que ces gars étaient habités par la grâce et le talent et que ça ne pouvait que déboucher sur quelque chose d’intéressant. Ce qui était passionnant c’était d’écouter Mick diriger les prises et les discussions avec l’ingénieur du son.

Quand avez-vous travaillé ensemble ? 1992/1994 correspond à la traversée du désert de Shack ! Cela c’est ressenti ?

Valérie Leuillot : Shack, The Strands, The Pale Fountains tous ces album sont bons, même la parenthèse Madchester I know you well était réussie selon moi. Dommage que ces gars soient tombés dans l’autodestruction, ils n’ont pas été assez bien entourés, ils étaient très jeunes quand ils ont signé chez Virgin.

Shack – I Know You Well

J’ai posé la même question à Monsieur Durand… Pourquoi Mick a-t-il produit un seul morceau ?

Valérie Leuillot : Si mes souvenirs sont bons, cette rencontre est arrivée vers la fin du processus de l’album, c’était la cerise sur le gâteau !! Quand j’y pense aujourd’hui, quelle chance nous avons eu de faire ce titre avec eux. J’ai un souvenir de curry avec frites mangé sur une moquette anglaise dans l’appartement au dessus du studio… Je me souviens de la route pour arriver à Liverpool, avec l’impression que l’autoroute finissait là, qu’après c’était la Toundra… Je me souviens du pèlerinage « visite de la cave où ont commencé les Beatles »… Tout m’a plu à Liverpool…

Quel souvenir gardes-tu de cette rencontre ?

Valérie Leuillot : Et bien on peut dire que j’ai réalisé un rêve tout simplement !

Olivier Durand

Olivier Durand est le premier guitariste d’Autour de Lucie. Il travaille aujourd’hui pour le label Novomundo Records.

Quel poste occupais-tu en 1994 ? Tu travaillais chez Columbia ? Le Village Vert ? Qui a eu cette l’idée de faire produire un titre d’Autour de Lucie par Shack ?

Olivier Durand : Je suis le guitariste d’origine. Autour de Lucie a démarré en solo puis en duo avec l’idée de réunir un groupe à terme pour réaliser les morceaux de Valérie. Nous sommes fan des Pale Fountains depuis les origines, moi j’ai beaucoup écouté toute la vague pop ligne claire UK avec une préférence pour le sillon de Liverpool (comparé à Manchester) plus authentique selon moi. Donc Felt, Eyeless in Gaza, Pale Fountains, Echo and the Bunnymen, Teardrop explodes sont ma culture d’origine. Je ne me souviens plus de l’origine de cette idée certainement une volonté de rencontrer ses idoles. Il se trouve que la personne qui s’occupait d’eux à l’époque faisait partie de notre cercle de connaissances, l’idée d’une collaboration lui a été proposée et il a contribué à la réalisation de cette formidable session d’enregistrement à Liverpool. C’est un morceau de Michael Head à l’origine qui n’avait pas été enregistré ni réellement abouti, c’était une chanson composée pour un soundtrack. Il avait été pensé pour une voix féminine…

C’est un groupe dans la tourmente à cette époque. Je ne sais pas quand a eu lieu la rencontre entre Shack et Autour de Lucie… Mais en 1993/1994, le groupe ne tourne plus et les bandes de son futur album ont brûlé. Comment avez-vous ressenti cette rencontre ?

Olivier Durand : Une rencontre très amicale, je ne me souviens plus du contexte du groupe, il est possible que les frères Head aient connu une période difficile néanmoins l’ambiance de l’enregistrement a été relativement pro avec une dimension très impressionniste où chacun ajoutait sa touche au fur et à mesure comme une forme de peinture. On a du boire beaucoup de bières aussi.

Pourquoi Mick Head n’a produit qu’un seul titre ?

Olivier Durand : C’était la demande, je ne pense pas que Mick se serait engagé sur plus de morceaux et nous avions déjà un producteur Paco Rodriguez (Ex Gamine) et beaucoup d’autre morceaux.

Où se sont faites les sessions ?

Olivier Durand : Liverpool je ne me souviens plus du studio.

John Head était aussi présent. Il a un jeu de guitare assez particulier. Comment as-tu analysé leur jeu ? Tu as été sur place ? Tu te rappelles de ces moments là ?

Olivier Durand : Encore une fois pas d’analyse, de l’intuition pure chacun apportait une petite étincelle, John est un guitariste merveilleux qui puise son inspiration dans d’autres sphères musicales. Ces guitares méditerranéennes sont arrivées comme par miracle. Oui, j’en ai un souvenir très nuageux. Nous ne connaissions pas le morceau avant, notre version nous l’avons construit ensemble par petites touches. Mick a posé les bases des accords avec les percussions, j’ai posé des arpèges hypnotiques dessus, la voix avec des faux airs de Julee Cruise. Non ? Les guitares de John en pizzicato ont rajouté cette touche personnelle… Tout a été réalisé en moins d’une journée.

Pourquoi le batteur de Shack a assuré les batteries sur le morceau ?

Olivier Durand : Nous n’avions pas encore de batteur dans mon souvenir et le rythme du morceau nécessitait un tempo smoky très lent voire erratique. Le batteur de Shack s’imposait. Je rappelle que c’était une prod de Mick donc on lui a laissé les manettes sur tout !

Steve Powell

Steve Powell est ingénieur-son à Liverpool. Il a notamment travaillé avec les Stairs et les Farm.

Steve, tu étais l’ingénieur qui a enregistré le titre Island avec Autour de Lucie et les frères Head. Quels sont tes souvenirs ?

Steve Powell : J’ai rencontré Autour de Lucie par l’intermédiaire de Shack. Je venais de commencer à enregistrer un album avec eux dans mon studio en septembre 1993 à Liverpool. Il s’agissait de l’album qui allait sortir sous le nom de The Magical World of The Strands. Il y avait des morceaux comme Queen Matilda. Une des premières chansons que nous avons enregistrées était une chanson qui a fini par s’appeler Island. Elle devait figurer sur la bande originale du film The Wicker Man. On a demandé à Mick de produire cette chanson qui allait figurer sur l’album d’Autour de Lucie.

Autour de Lucie est venu à Liverpool à la fin du mois d’octobre le temps d’un week-end pour finir l’enregistrement de chanson. Valérie, Olivier et Fabrice ont ajouté leurs parties et nous avons mixé le tout. Nous n’avons pas essayé de faire sonner cette chanson comme le reste du répertoire du groupe. Nous sommes partis sur quelque chose de très atmosphérique, de très rêveur. Je me rappelle que ce fut très agréable de travailler eux. L’ambiance était très détendue. En plus du groupe, il y avait Fred, du label du groupe (Virgin) et Stefan du label Megaphone.
Voilà comment cela s’est passé. Aujourd’hui je suis de retour en studio avec Mick pour finir le disque du Red Elastic Band. Ces bons souvenirs des sessions avec les Strands et Autour de Lucie sont revenus récemment.

Autour de Lucie - L'Accord Parfait

Autour de Lucie - L'Echappée Belle

Tracklist : Autour de Lucie - L’Échappée Belle
  1. L'Accord Parfait
  2. La Ballade Du Déserteur
  3. Les Ciels De Traîne
  4. Le Tournesol
  5. Island
  6. Comme Si De Rien N'était
  7. Au Large Déjà
  8. Ce Que L'on Tait
  9. Les Anomalies
  10. Marie (Ceux Qui Ne Rêvent Pas Aux Étoiles)
  11. Les Brouillons

Retrouvez les articles liés à Shack et aux Pale Fountains :

Retrouvez les articles concernant Autour de Lucie :

English text

Steve Powell

I met Autour De Lucie through the band Shack. I started recording an album with them in September 1993 at my studio, Avid, in Liverpool. The album eventually came out as The Magical World of The Strands. Along with tracks such as Queen Matilda, one of the first songs we tracked in the sessions was a cover of a song which ended up being called Island, from the film The Wicker Man. This was a song that Mick Head had been asked to produce for inclusion on Autour de Lucie’s upcoming album.
In late October ADL came over to Liverpool from Paris for a weekend to finish the recording of the song. Valerie, Olivier and Fabrice added their parts and we mixed it. We didn’t try and make it sound like a typical ADL song, it was more a kind of atmospheric, dream like sound we were going for. I remember it being a very pleasant session, pretty relaxed. Apart from the band there was Fred, from the band’s label Virgin, and Stefan from Megafone was also there.
As it happens, I’m back in the studio now with Mick putting the finishing touches on the Red Elastic Band album, so the Strands and ADL sessions have kind of come back to mind recently. Good memories!

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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