Il y a des disques qui vous prennent par surprise, qui vous étreignent. D’artiste dont on n’attendait plus grand-chose. Ils touchent peut-être parce qu’il y a une connexion physique et mentale qui s’opère.

On a beau écouter des centaines de nouveautés, rien n’atteint le sommet d’émotion de ces Homeless songs que l’on écoute, ému comme quand on a embrassé pour la première fois, fait l’amour pour la première fois. Il y a d’abord cette photo de Greta Garbo transfigurée par l’artiste contemporain Gregor Hildebrandt, un geste artistique fascinant, une image en noir et blanc anachronique dans un monde saturé de couleurs et ce flou tellement symbolique et signifiant. Et le disque commence avec les mots simples de l’ami Djian, Si tu veux (que je chante) sur une pluie de violons. Eicher a souffert dans sa chair d’un conflit avec sa maison de disque « à lui faire perdre la foi », à assécher son cœur. Et pourtant, il possède un cœur énorme, un cœur à défier l’industrie, à imposer des titres de 43 secondes à 6 minutes 10, des chansons où l’on n’est pas prisonnier d’un refrain, d’un format radio, où l’on chante en sabir Bernois guttural d’une beauté renversante (merci Martin Sutter), où l’on ose l’auto-tune (bon, ok le vocoder !) façon Lambchop. Difficile d’isoler un titre tant ce disque s’écoule de source avec sa simplicité, ses arrangements qui font la part belle aux instruments acoustiques, piano, violon, flûte, clarinette, cor, hautbois, banjo et tant d’autres. Prisonnière pourrait être un rondeau médiéval, c’est une ode à la vie, je n’attendrai pas un hymne au temps qui passe sans en faire un drame. Son Haïku – Papillons nous fait vibrionner le ventre avec son mantra « ou que tu ailles ou que tu sois ». Chaque titre est une cathédrale émotionnelle où chaque mot est pesé, prononcé avec délicatesse et humanité. Chacun y trouvera son sommet par rapport à ce qu’il vit. Pour nous, ce Toi et ce monde touche au sublime, Stephan, son banjo, les maux bleus de Djian, et une supplique avant de « disparaître sans bruit ». Et ces Homeless Songs ont définitivement trouvé un refuge, notre cœur, notre âme, nos entrailles.

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© Fabrice Buffart @ Musilac Mont-Blanc 2018

Stephan Eicher - Homeless Songs


Tracklist : Stephan Eicher - Homeless Songs
  1. Si tu veux (que je chante)
  2. Homeless song
  3. Prisonnière
  4. Niene dehei
  5. Je n'attendrai pas
  6. Monsieur - je ne sais pas trop
  7. Broken
  8. Gang nid eso
  9. Haiku - papillons
  10. Né un ver
  11. Toi et ce monde
  12. Still
  13. La fête est finie
  14. Wie einem der gewissheit hat

Stephan Eicher – Homeless songs
10/10
Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...
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2 réponses sur « Stephan Eicher – Homeless songs »

Déjà « l’envolée » était magnifique alors que je n’en attendais rien non plus. Là, j’étais attentif à ce qu’il pourrait faire après des associations avec une fanfare moins convaincante…

Merci pour ce billet . Un nouvel album d’un Stéphan Eicher libéré des contraintes commerciales imposées par son ancienne maison de disques et qui aborde ici avec liberté, inventivité et force de création des chansons fort bien ciselées . Pour avoir entendu en radio « Monsieur – je ne sais pas trop » c’est un bonheur à ouïr ! http://magicienox.blogspot.com/

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Stephan Eicher - Si tu veux (Que je chante)

Vidéo : Stephan Eicher – Si tu veux (Que je chante)

Alors évidemment c’est très subjectif. Comparaison n’est pas raison comme le dit si bien la philosophe Sophie Marceau. Mais on va oser, on préfère le sincère Eicher au religieux claudiquant et grave Cave. Les SDF acoustiques aux clochards certes célestes en-nappés de synthé.

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